T O U S D E S A N G E S

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Auteur…où l’art de savoir se prendre des râteaux

Auteur…où l’art de savoir se prendre des râteaux

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S’il y a bien une chose de laquelle je peux être certain en tant qu’auteur, c’est de savoir que de se prendre des râteaux (et je parle bien ici d’écriture) fera partie du lot de surprises et pas des moindres, auxquelles je devrai m’attendre. Et il vaut mieux ne pas être en proie à une susceptibilité exacerbée et bien armé contre les désillusions ou le voyage risque d’être long et douloureux…

 

 

 

 

 

La recherche d’un éditeur n’est pas une sinécure, et de loin pas la discipline la plus valorisante qui soit. Il faut savoir serrer les dents, ramasser les coups de bâtons sans broncher, s’aimer un minimum, mais çà, nombre d’auteurs sont plutôt à l’aise avec cela à moins qu’ils ne fassent semblant. Ne nous voilons pas la face, s’exposer, exposer sa vie ou une partie de sa vie, même par voie détournée, reste un acte généreux et quelque part, ayant un soupçon d’exhibitionnisme même s’il est salvateur et peut faire souffrir. Même si les plaies suppurent et les remises en questions nous tarabustent, le fait d’écrire est déjà un immense respect de soi lorsqu’on a la chance de pouvoir le faire, car un auteur n’est jamais aussi seul et en phase avec lui-même que lorsqu’il écrit. Il est préférable pour lui, qu’il s’aime un minimum.

 

 

 

 

 

 

Lorsqu’on est auteur et qu’on rêve d’être publié, mieux vaut-il s’accrocher et se flanquer de la plus grande des patiences, car le chemin qui peut mener, et je dis bien qui peut mener à une telle satisfaction n’est pas aisé pour le simple écrivaillon. Je ne parle pas ici de l’une de ces candidates ou l’un de ces candidats de téléréalité à qui l’on propose un contrat juteux pour expliquer qu’elle a les cheveux gras ou qu’il ne se lave les dents qu’une fois par jour, non… je parle ici de vous et moi, des écrivaillons de l’ombre, qui ne demandent qu’à réaliser un rêve sans artifice et avec le plus sincèrement possible. Seulement voilà, être sincère et vrai n’est pas toujours payant, et je n’en surprendrai que peu d’entre vous, et je parle en connaissance de cause, sans éprouver la moindre amertume… lorsque j’ai décidé de casser le contrat d’édition de l’une des plus prestigieuses maisons de Paris parce que je n’étais pas d’accord avec les comportements médiatiques de l’éditeur avec lequel je devais travailler, je puis vous dire, que ça n’a pas passé, pas passé du tout. Qu’un inculte de la cambrousse se permette de snober la grande Mecque de l’édition parisienne, ne se fait pas. Mais lorsqu’une telle chose nous arrive, on a deux solutions : où l’on y va quand même en sachant que nous serons en désaccord avec nos valeurs tout au long du processus éditorial et plus encore ; ou nous disons non, en assumant toutes les conséquences que cela aura, y compris celle d’être banni à jamais du monde magique des promesses éditoriales, mais au moins nous serons en accord avec nous-mêmes !

 

 

 

 

 

 

Pas si simple, qu’en pensez-vous ? L’écriture et les rencontres que cela pourra nous offrir peuvent-elles compter de telles décisions ? D’aussi sérieuses implications ? Comme si nous étions coupés en deux entre celui que nous sommes, et celui que certains aimeraient que nous soyons. On ne s’attend pas forcément à pareil dilemme, lorsque sous le bras on ramène notre contrat de la boîte aux lettres pour le signer.

 

 

 

 

 

 

Peut s’en suivre une multitude de démarches et d’envois sans qu’on ne reçoive même une seule réponse, mais au moins cela pourra nous donner l’assurance d’être vraiment choisi pour nos valeurs et non pas autre chose… le jour où ça nous arrive.

 

 

 

 

 

 

 

Que l’on soit donc déjà publié ou non, aujourd’hui, envoyer son manuscrit, et à moins d’avoir vendu 100 000 exemplaires, reste le parcours du combattant. Il ne faut pas se mentir, et même si des sites comme monBestSeller sont importants et rassurants voire, encourageants pour nombre d’écrivaillons, il n’en reste pas moins que chaque auteur doit savoir se prémunir de toutes ces harpies de l’édition qui pour certaines y officient avec plus de zèles que d’autres et ressentent un malin plaisir à vous envoyer des missives emplies d’indifférence ou de mépris. Aussi, faut-il savoir se prémunir pour ne pas trop subir toutes ces réponses impersonnelles dont on peut être affublé. Mais je vous rassure, ils ne sont pas tous comme çà. Il y a de bons éditeurs corrects et respectueux même s’ils deviennent de plus en plus rares.

 

 

 

 

 

 

 

La 1re arme à posséder pour se prémunir d’une déconvenue reste la patience. Aucune maison d’édition et encore moins les petites ne vous donneront une réponse dans les trois semaines, à moins d’être une maison à compte d’auteur.

La 2e arme, et pas des moindres, reste l’estime de soi, car on n’aura très peu de chance de recevoir une réponse positive dans la plupart des cas (plus de 98% en vérité). Être bien avec soi-même, avoir de l’estime de soi et s’apprécier sans tomber dans la mégalomanie ou le gonflement d’un ego démesuré pourra aider à passer ce cap qui à chaque fois, qu’on le veuille ou non, nous fera ravaler notre salive et toutes nos aspirations.

 

 

 

 

 

 

La 3e arme, se veut plus complexe, car variante d’un individu à l’autre, à savoir : être capable de ne pas se bercer d’illusion et d’être conscient de la réalité qui nous entoure et tout particulièrement de celle dans laquelle baignent le monde de l’édition. Le copinage n’est pas rare, les coucheries une pratique comme ailleurs et n’en soyez pas choqués, le réseautage un atout certain à ne pas négliger et le statut ou la célébrité, une assurance éditoriale et pas des moindres. Une maison d’édition et ça se comprend, reste une entreprise qui doit gagner des sous pour faire tourner la boîte. Avoir ce genre d’individus dans son lot d’auteurs et peu importe la qualité ou le message, est une aubaine et une manne non négligeable. Une assurance financière assurée dans la plupart des cas.

 

 

 

 

 

 

La 4e arme n’est pas moins importante, et je vais m’arrêter un moment pour développer, puisque je vais parler ici des attentes que l’on a trop souvent, qu’il s’agisse d’attentes envers les gens ou les instances, on les place malheureusement bien souvent trop hautes. Et la déception, en général, sera à la hauteur des espérances qu’on y avait mises, voire bien plus.

 

 

 

 

 

 

Lorsqu’on attend trop d’une personne, qu’on l’imagine capable ou légitime de nous donner plus que ce que nous représentons en vérité à ses yeux, la désillusion peut être terrible et douloureuse à endurer. Voire, assassine pour les plus émotifs et sensibles. Ne pas trop attendre des uns et des autres, n’enlève rien à la qualité de nos relations, et si cela nous rend un peu moins passionnés, au moins, cela a le mérite de nous protéger d’un naufrage, car naufrage il y aura si l’on nourrit trop d’espérances à l’égard d’un tel ou d’une telle ou d’un quelconque engagement.

 

 

 

 

 

 

Ecrire n’est pas banal, dois-je le rappeler. Certains y auront mis leur âme, se seront dévoilés sans concession et auront gravé les mots avec leurs tripes pour ne pas dire leur sang. D’autres en seront si fiers, qu’ils garderont une opinion quelque peu excessive d’eux-mêmes, se sentant légitimes et en droit d’être respectés à ce titre, donc publiés. Être imbu de sa personne n’a jamais fait avancer quiconque à mon humble avis, mais avoir cette petite fierté de soi-même, de qui l’on est, au fond des yeux reste nécessaire pour gagner lorsqu’on a la chance de s’asseoir dans le fauteuil du bureau d’un éditeur, bien en face de lui. Le moindre doute traversant notre iris signera notre arrêt de mort, et nous perdrons cette bataille sans coup férir, sans même comprendre pourquoi cela nous arrive.

 

 

 

 

 

 

 

Certains auteurs donc, se saignent et j’y reviens, car c’est sans doute le plus important et ce pour quoi on est si sensible aux avis, commentaires et réponses en retour d’une édition. Sans même prendre garde à se protéger. Ils mettent et fondent tous leurs espoirs, même les plus démesurés sur un avenir prometteur d’écrivain en devenir à succès, sans réaliser un seul instant que leur bonne foi et leur talent, leur sincérité et leur don, car c’en est un il ne faut pas l’oublier, ne seront suffisants pour y parvenir. Aujourd’hui, des éléments tels que les nouvelles technologies, les émissions en tous genres, le nombre de gens qui écrivent et écrivent bien, les pressions des actionnaires sur les maisons d’édition, sont autant d’éléments déterminants pouvant être à la base de réponse impersonnelle qu’il faudra essuyer encore et encore… et mieux vaut-il en être très conscient. Savoir les recevoir avec toute la résilience et la dignité requise n’est pas donné à tout un chacun, pour toutes les raisons que j’ai citées plus haut.

 

 

 

 

 

 

 

L’autodérision que j’affectionne tout particulièrement pour ma part et dont je fais bon usage sera un allié de taille. Ne pas se prendre ni prendre au sérieux ce qui arrive (édité ou pas), un moyen plutôt efficace de continuer à avancer sans trop s’offusquer. De continuer à écrire. À avancer, oui. Un avis est tellement subjectif, un refus, si peu fondé en vérité ou dépendant de tellement de facteurs étrangers à la qualité du texte que l’on aura envoyé. 

 

 

 

 

 

 

Certains auteurs et j’en connais, mettent un point d’honneur à être reconnu, donc publié par un « vrai » éditeur, que leur vie tout entière pourra en dépendre. Mais si on y regarde de plus près et avec toute la lucidité requise, qu’est qui est vraiment important pour un auteur ?

 

 

 

 

 

 

D’être publié et reconnu où d’écrire et être lu ? Ce sont les questions que je me suis posées, et la raison pour laquelle je suis allé squatter des sites comme welovewords ou monBestSeller ainsi que d’autres, avec grande satisfaction je l’avoue. Mais faut-il pour cela être en accord avec ce choix ?

 

 

 

 

 

 

Vous me direz : c’est facile pour toi de parler, tu as déjà été publié dans de « vraies » maisons d’édition, tu as gagné des concours, publié des articles, etc., mais je n’ai jamais cessé de penser ainsi, et jamais je n’ai placé mes espérances dans ce domaine précis qu’est l’écriture, trop en avant. Du reste, ce n’est pas l’écriture qui m’a nourri au sens strict jusqu’ici, mais bien un de mes métiers appris au cours de ma vie. Par contre c’est elle qui m’a permis de me réaliser et d’aller au travail, le cœur plus léger et la tête pleine d’un imaginaire sans faille. Un imaginaire capable de sauver et miraculeux. Et en cela c’est déjà bien vous ne trouvez pas ?

 

 

 

 

 

 

 

Je ne dis pas qu’il faut baisser les bras et se résigner… même si aujourd’hui les temps sont encore plus difficiles pour rejoindre la planète de l’édition qu’avant. Mais je propose de ne pas se formaliser et en faire une raison d’être, la seule de notre vie. Ne pas se rendre malade ou espérer la richesse. Je ne vais pas vous rappeler ici le pourcentage d’auteur vivant de leur écriture. Même si ce qu’on a écrit vient de loin, du tréfonds de nos entrailles, et que c’est d’autant plus important qu’on reconnaisse notre travail pour cette bonne raison, cela ne veut pas dire que les personnes, et pour autant qu’ils commencent à lire notre texte, aimeront cette mise à nu ou ce récit. Les sensibilités et les parcours de vie de chacun sont si différents. Les attentes des maisons d’édition et leurs critères, si variés, que trouver chaussure à son pied relève aujourd’hui du miracle, mais lorsque ça arrive, c’est une incroyable et magnifique expérience. Pas toujours heureuse, je vous l’accorde et je parle en connaissance de cause, puisqu’un éditeur a confisqué et retenu en otage mon manuscrit cinq années durant sans que je ne puisse faire quoi que ce soit, sous prétexte qu’il allait m’éditer et bien sûr, j’avais signé le contrat.

 

 

 

 

 

 

 

Mais chaque expérience nous permet de mettre un pas devant l’autre vers la seule quête importante nous poussant à écrire : nous comprendre et nous apprivoiser.

 

 

 

 

 

 

Avons-nous pour cela un besoin viscéral d’être publiés dans une maison prestigieuse ou de toute évidence, si nous avons la chance d’être édités, notre livre se noiera certainement dans le flot de bouquins de la rentrée ?

 

 

 

 

 

 

 

Ne pouvons-nous nous contenter d’une autopublication nous assurant un livre nous ressemblant, et non pas une pâle copie de notre bébé rafistolé, remanié et restructuré de telle sorte, qu’on ne le reconnaît plus ?

 

 

 

 

 

 

 

Se poser ces deux questions pourra peut-être nous aider à choisir la route que nous allons proposer à notre bébé, afin qu’il soit le plus authentique possible, quitte à perdre en « crédibilité littéraire », mais crédible envers qui ou quoi ?

 

 

 

 

 

 

 

Si le regard d’un éditeur est tant important, si l’avis de soi dit professionnel est si primordial à vos yeux, demandez-vous si c’est pour les bonnes raisons ou celles qui vous paraissent les meilleures. La terre ne va pas s’arrêter de tourner pour autant, si d’aventure, vous essuyez refus sur refus, et votre inspiration, même si elle sera égratignée, n’en demeurera pas moins votre allié. Un allié qui vous veut du bien et peu importe d’être édité ou non.

 

 

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© Tous droits réservés didier leuenberger

 

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10/07/2017
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