T O U S D E S A N G E S

T O U S    D E S    A N G E S

Bourse d'encouragement de L'Etat de Fribourg, La Gruyère





VEVEYSE Didier Leuenberger, à Grattavache

Dans la cuisine des mots


L'écriture ne vient pas qu'aux universitaires. Né dans un milieu ouvrier, cuisinier diététicien de métier, le Veveysan Didier Leuenberger, 36 ans, vient de recevoir du Conseil d'Etat la bourse d'encouragement 2003 à la création littéraire. Portrait.


Didier Leuenberger a toute l'année pour finaliser son manuscrit,
avec l'espoir de le voir publié
(Nicole Schick)
«J'aime l'écriture depuis l'âge où j'ai appris à écrire. A cinq ou six ans, je composais des petits poèmes pour ma mère. Elle les a gardés!» se souvient Didier Leuenberger. Né le 20 décembre 1966 sous le double signe du Sagittaire – un passionné, si les étoiles disent vrai – ce Veveysan de Grattavache, cuisinier diététicien de profession, n'a jamais fait d'infidélités à sa passion de l'écriture. Bien lui en a pris. Car le mois passé, c'est à lui que le Conseil d'Etat, via la Direction cantonale de l'instruction publique, de la culture et du sport, a décidé d'accorder sa bourse d'encouragement 2003 à la création littéraire (La Gruyère de jeudi 15 mai). Octroyée pour la première fois en 2001, et mise au concours tous les deux ans, cette bourse d'un montant maximal de 15000 francs encourage un projet de création littéraire en langue française ou allemande dans divers genres – du roman au scénario de film en passant par le recueil de poésies. Didier Leuenberger, qui avait envoyé son manuscrit un jour ou deux avant l'échéance du concours, et «par hasard», a eu le bonheur d'être choisi parmi 23 candidats.

Un récit en deux temps
«Je vais pouvoir me consacrer à la touche finale d'un récit que j'ai intitulé Passent les nuages. Il parle de la violence conjugale, vue à travers les yeux d'un enfant.» Rien ne semblait, a priori, orienter Didier Leuenberger vers la littérature. Né dans un milieu ouvrier, il a un frère aîné qui travaille dans la coutellerie. Lui-même est cuisinier. «J'ai tenu pendant trois ans un café à Montreux. Une bonne expérience de vie», confie-t-il. «Mais il y a toujours eu un artiste dans la famille. Il faut croire que c'est mon tour, cette fois! Ecolier, je n'étais pas spécialement brillant en orthographe. Mais j'avais une imagination débordante pour la composition.» Une imagination qui, le temps passant, s'est abreuvée aux sources du vécu et du ressenti. A 22 ans, Didier Leuenberger écrit 100 pages d'un premier livre. Le manuscrit plaît aux Editions de l'Aire à Lausanne. Le responsable, Michel Moret, lui dit que «d'habitude, il ne prend jamais d'histoires d'enfant. Mais là, vous m'avez eu!» dit-il à l'auteur…

Voyages formateurs
Le livre ne sera pourtant pas publié tout de suite. Asie, Amériques, Australie, coup de cœur pour la Birmanie: Didier Leuenberger en profite pour partir à la découverte du monde… Il revient ébloui, parfois, enrichi toujours. Et comme on ne revient jamais le même d'un voyage, il retravaille son texte, le refaçonne, lui donne plus d'épaisseur. «C'est devenu un récit-témoignage, plus littéraire. Je suis parti de la violence conjugale vécue par un petit garçon de 10 ans et à son espoir d'en sortir, en recourant à un stratagème. Car c'est très lourd, pour un enfant, de vivre dans un champ de ruines sentimentales. Alors cet enfant s'évade dans des "mondes", où il rencontre plein de personnages, connus et inconnus, qui lui insufflent une folie heureuse et ravigotante. Des mondes qui se révèlent doux, réconfortants, mais qui peuvent aussi être dangereux. Le récit, qui s'étend sur quatre saisons, montre la progression de l'enfant sur la voie de sa propre construction, de sa fortification. En un an, il devient un homme, parce que ce sont les couleurs qu'il retiendra, parce que la lumière l'emportera toujours sur la nuit», résume Didier Leuenberger, dans sa note d'auteur qui devrait accompagner le bouquin fini. Pour lui, ce récit, forcément tissé sur la trame de faits réels, a été, au début, perçu «comme un moyen de fuite» pour finalement l'amener à la révélation de ce qu'il est, aujourd'hui.
Didier Leuenberger ne s'est pas arrêté en si bonne verve créatrice. La bourse qu'il a reçue lui permettra aussi de travailler sur l'aboutissement d'une autre histoire vraie, qu'il a intitulée Le cancer joyeux. «J'ai eu une inspiration soudaine en vivant ça de l'intérieur. J'ai donné à ce récit une tournure satirique, caustique, malgré la gravité du sujet.»

Ecrire pour des images
L'auteur avoue se poser bien des questions sur lui-même après avoir jeté des milliers de lignes sur le papier. «Est-ce que je n'ai pas exagéré? Mais quand j'en parle avec des gens, quand je les écoute, je me sens comme réconcilié avec ce que j'ai écrit.» Souvent, Didier Leuenberger part d'une impression, d'un «flash». «Quand je vivais à Fribourg et que je prenais le bus, un jour j'ai été intrigué par une jeune femme, dont je n'avais pas remarqué tout de suite qu'elle était noire et albinos. C'est devenu La négresse blanche, un récit spontané!»
Réaliste face aux maisons d'édition, Didier Leuenbergr a dû, pour des raisons de feeling ou d'intuition, renoncer à certaines propositions. En revanche, il a publié en 1999 aux Editions Sémaphore à Paris. «Je ne peux pas dire que cela m'a ouvert de grandes portes, mais ça m'a permis de côtoyer le milieu de l'édition.» Le rêve, maintenant, «ce serait de pouvoir vivre un peu de ma plume, le rêve suprême étant qu'un livre devienne le scénario d'un film. Comme j'ai une écriture très visuelle, j'ai de l'espoir.»


LA GRUYERE Marie-Paule Angel
7 juin 2003



04/08/2009
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