T O U S D E S A N G E S

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Du Gland

 

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Du Gland

 

Érection potique

Didier Leuenberger

 

Que de têtes de nœud s’évertuant à parader de leur gland, mou le plus souvent, ou sans la moindre férocité. Mais qu’ont pu devenir ces dragons d’antan ? Où sont passés les guerriers de l’amour, les guerriers, oui. Des Seigneurs puissants à l’entrejambe ferme et l’entregent tendre ?

Que sont devenus ces férus du cul, brandissant leur étendard comme un ultime va-t-où; une dernière volonté, lançant avec fracas et dans un rugissement incontrôlé une salve de vie dans le ventre de ces dames, ou sur les fesses de quelques vilains. Mais où sont donc ces glands bien durs et fiers de leur statut. Qui n’ont pas honte de rechercher sans cesse le plaisir... Qui se dressent dès qu’un frôlement les émeut ou qu’une caresse les met au supplice.

Jolie fraise aux nombreux capteurs et récepteurs, ce fruit invitant à le suçoter sait se faire désirer, lorsqu’il se pare du plus bel éclat.

Glace chaude à téter en toutes saisons, elle s’avère une douce sensation pour qui sait apprécier. Une douceur qu’il fait bon contourner de sa langue et lisser. Qu’il soit habillé de son manteau ou sans col roulé, le gland aime à s’étendre, surtout au matin, se gonflant de désir, il n’en fait souvent qu’à sa tête.

Heureux les bienheureux qui laissent libre leur gland, ces culs nus n’ont point honte d’exhiber leur tison sans pour autant passer pour des exhibitionnistes. Accusant dans un fatras d’émotions les secousses de nombres de convoitises, le gland se teinte souvent d’un vermeil et n’émet le plus petit embarra quant à se gonfler de la sorte.

Curieux cortège de sensations les plus folles, il lance dans les cerveaux les plus sereins et les plus sains, de virulentes secousses capables d’ébranler le plus dévot des religieux et de contenter le plus avide des jouisseurs.

 

 

Petite tête chercheuse furetant sans cesse avec le plaisir, le gland se veut une béquille sur laquelle bien des glandus se reposent pour ne pas sombrer dans la déprime.

Un ami sur qui compter lorsqu’il est en osmose avec son hôte et qui ne rougit point des sensations flanquées d’émotion et de sentiments les rendant quelque peu blafards et toute chose...

Alors quoi ? Non pas que je veuille me faire culbuter toutes les cinq minutes par un bellâtre tout en dur, mais avouons que c’est quand même agréable de sentir notre petit ami bandé de partout.

Il fut un temps ou l’érection était présente en permanence.... Un regard, un frôlement, une caresse furtive, un mot, un geste. Érection, érection, érection.... On prononçait moins ce mot, mais il était plus présent. Plus affirmé. Ma vie était rythmée aux érections de mes petits copains et je ne demandais pas mieux, même s’il m’arrivait d’être farouche en certaines occasions. Tout était matière à mener le petit au cirque, mettre un coup de queue, faire une partie de jambes en l’air, forniquer, moucher la chandelle, taper sa crampette. À laisser ce thermomètre à moustache me tringler bien comme il faut.

Je me souviens de Paul et sa saucisse remuante et hyperactive. Un fléau pour certaines de mes copines qui l’eurent comme amant, alors que pour moi, ce fut tellement palpitant et intéressant. Surprenant le plus souvent. Tellement excitant. C’est simple, nous aimions tellement ça tous les deux, qu’il bandait avant même m’avoir vue dans les parages. Il me semblait avoir une puce en moi, et lui, un GPS me reconnaissant à des lieux à la ronde. Il pouvait carrément savoir si j’allais arriver dans les environs, rien qu’en admirant son érection qui pour le coup, nous menait quelque fois à nous encanailler n’importe où. À la bibliothèque, au supermarché, dans la voiture, sur un banc public, dans les églises, les musées, les toilettes d’un resto, l’arrière- boutique d’un pub, dans l’avion, le train, le bus même, ou je réussis à lui faire une pipe mémorable, à la piscine, à la gym, au sauna, lors d’une visite d’un château, dans les jardins du Luxembourg, à 3 800 mètres d’altitude, dans un igloo au beau milieu des rennes, dans la cabine d’une péniche, en mangeant au restaurant, à la plage, dans un téléphérique, debout, couchés, accroupis, sur le ventre, sur le dos, pliés, dépliés, emmêlés, par internet, par téléphone, et que sais-je encore. Paul était une biroute sur pattes, un braquemart ambulant, un zobi insatiable. Rien que pour cela, j’aurais voulu être un mec. Pouvoir ressentir cette sensation de tous les instants, cet état d’érection permanente et je ne parle pas de priapisme ou de problème psychique.

À cette époque, les gars comme Paul n’étaient concentrés que sur une chaîne : celle du cul et du plaisir. Ils n’étaient pas perturbés par tous ces écrans, ces jeux violents et ces films pornos tellement navrants pour la plupart d’entre eux. Le désir n’était pas jeté en pâture sur le net. Le plaisir, un filou furtif et discret, n’en n’étant pas moins jouissif. Le sexe, encore un peu un mystère flirtant sans cesse avec les interdits...

Il n’y avait qu’une chaîne, et cet état d’esprit fabuleux de conquérant. Le seul film qu’ils appréciaient était celui qu’ils inventaient et croyez bien que l’imaginaire ne pêchait jamais pour ce qui est de la culbute... Chacun de ces matous étaient unique et surtout, lui- même. Pas une pâle copie d’un Rocco Siffredi manqué et complexé. Ils n’avaient comme référence, que leurs fantasmes qu’ils ne doutaient jamais de réaliser. Ils étaient les héros d’une étreinte, les colosses de nos rêves, un séisme pour les plus chanceuses. Le Graal qu’ils convoitaient était enfermé dans une geôle dont nous-seules avions la clé.

Bien dans leur peau, à l’aise avec leur zob, ils le tendaient fièrement sans rougir ni faillir. Ils étaient tout en verge. Heureux et joueurs, se volant nos cons sans le moindre état d’âme. Sans même nous souffler des mots d’amour. Ils se battaient pour nous conquérir et nous baiser et les vainqueurs n’étaient jamais déçus. Il y avait comme un souffle de guérilla chez les garçons. Une guerre saine et non une guerre sainte, nous rendant bien plus précieuses et importantes à leurs yeux. Bien moins faciles à conquérir que les filles d’aujourd’hui, certes, du moins en apparence, car derrière ce vernis de femme moderne et émancipée de cette époque-ci, la pruderie n’est pas rare, mais surtout, le côté mystérieux et inconnu de la chose rendant si excitants ces instants fantastiques, n’a sans doute plus tout à fait la même saveur aujourd’hui. En cela peut-être, toutes ces pines se voyaient plus animées et excitées. Heureuses et déterminées. Enfin, moi ce que j’en dis, c’est un avis personnel, bien sûr. L’humble avis d’une cochonne assumée et tant pis pour les prudes.

Alors quoi? L’âge doit-il me reléguer au rang de figurante ou tous ces zobs sont-ils en panne d’inspiration et d’appétence.


Alors qu’ils étaient gorgés de désirs et ne demandaient qu’à s’infiltrer dans les moindres orifices, ils semblent hésiter aujourd’hui, ou du moins en donnent l’impression. Un vent de désolation souffle sur la planète quéquette et cette terrible sensation de ne plus être à la hauteur. De trop hésiter, de ne pas être à sa place. À côté de la plaque, disons-le.

Le féminisme à outrance aurait-il castré nos petits soldats de l’amour. À force de vouloir des romantiques attentionnés et prévenants n’avons-nous pas tué la bête qui est en eux et cette magnifique contemplation de ce membre les questionnant dès leur plus jeune âge ? N’avons-nous pas heurté cette machine à sexe que nous critiquons comme je le fais, à force de féminiser nos petits mâles ? Dès fois, j’ai l’impression que des couilles nous ont poussées entre les jambes plus qu’à eux pour certaines de nos représentantes. Et cette désagréable impression de supériorité sans vraiment être bien à notre place, n’est pas une illusion.

Avons-nous fait de nos Julon des marionnettes sans vie, des guignols de pacotille cherchant un sens à leur vie ? Des monogames imperturbables, car ça aussi, c’est un élément n’étant pas innocent dans cette affaire et la performance de ces petits oiseaux ne sachant plus s’il faut entrer dans la cage ou la regarder. L’instinct chasseur dont ils étaient dotés a-t-il vraiment disparu ou n’est-il qu'anesthésié en ces temps troubles ? Les affubler en papa poule ne les a-t-il pas ankylosés au même titre que la sexualité du post-partum dont bien des femmes repoussent l’échéance tandis que leur Loulou retrouve ou affûte les pratiques de la masturbation.

Où sont-ils devenus démissionnaires sans qu’on ne les influe, sans qu’on perturbe leurs hormones et la testostérone qui les caparaçonnait tant avec panache ?

Je ne sais si je dois en vouloir à eux ou à nous, mais une chose est sûre, soit ils sont trop mous, soit ils sont trop durs aujourd’hui. Soit ils sont trop hardis, soit ils ne le sont pas assez. Comme s’il n’y avait plus de juste-milieu. Comme si tout repère avait disparu.

Je sais bien que les robots sexuels sont en passe d’envahir nos univers et d’instaurer encore plus le doute, mais de là à capituler aussi facilement, n’est-ce pas un aveu d’impuissance ? Le constat d’une société en panne de désir ?

Peut-être n’y a-t-il que moi recensant ce genre d’observations. Peut-être est-ce moi qui fait peur à tous ces glandus, trop entreprenante, trop audacieuse et conquérante... Mais n’est-ce pas ce qu’on attend de nous, les femmes ? N’est-ce pas ce à quoi nous avons tant aspiré ? Un rêve éveillé ou notre pouvoir égal celui des hommes y comprit, dans le sexe et surtout dans le sexe. N’avons nous pas, au même titre que le climat, dérégler le fonctionnement d’une roue bien huilée. D’un mécanisme sans faille.

Cela est-il possible que je fasse peur à tel point que ces petits Jésus se plient devant moi, s’effacent jusqu’à disparaître comme s’ils voyaient la Madone en personne ? Où n’est-ce qu’une illusion sociétale ? Un cauchemar duquel je vais me réveiller.

Oui, c’est ça, tout ceci n’est qu’un mauvais rêve, qu’une illusion, une plaisanterie dont on rira tous ensemble, moi, accrochée aux lèvres de mon apollon et lui, tout bandouillant dans son jean serré. Une mauvaise passe, voilà ce que c’est. Juste un mauvais moment à passer.

Je ne peux pas être le monstre mentionné plus haut. Je ne peux pas être une castratrice en puissance, une de ces maquerelles sans cœur prête à tout. Je veux être autre chose que cela. Je veux être une femme comme on l’entend, quitte à me plaindre de l’assiduité de mon doux compagnon sans cesse titillé par des érections tyranniques.

Je veux suivre ce capitaine les yeux fermés, je veux pouvoir me lover dans ses grands bras et me sentir toute petite, sentir cette enclume le long de mes reins prête à explorer mes desseins les plus inavouables. Je veux laisser ce fier sous-marin magnifier mes fonds subaquatiques que la moindre accélération saura transcender en temple de l’amour. Que cette torpille de glandu me fasse imploser en mille particules et que j’y perde même la raison, du moment que je m’abandonne et peut-être est-ce en cela que tout réside : cette faculté d’abandon et du don de soi. Ce partage des sens et cette capacité à intégrer l’autre dans cette odyssée récréative ou le seul gagnant ne sera jamais que le bonheur de partager la même hostie.

 

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© Tous droits réservés Didier Leuenberger. Respectez le travail de l’auteur. Respectez la créativité.


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11/01/2017
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