T O U S D E S A N G E S

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Duel au soleil

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Duel au soleil

 

Nouvelle

 

 

Didier Leuenberger

 

Ce soir-là, j’étais harassé par ma journée et décidai de me relaxer. Je me plongeai dans un bon bain chaud, m’enfonçai un peu plus dans la mousse parfumée au thym sauvage et me laissai bercer par les chansons hypnotiques que distillait la voix cristalline d’Annie Lennox.

 

Je fus très vite happé par un sommeil lénifiant. Mon homme s’y invita tout naturellement et y prit sans attendre toute la place. Une ondulation moutonna l’eau calme de mon bain. Mon sexe gorgé de désir gonfla comme une éponge, pour mon plus grand plaisir.

 

Dragon indomptable flanqué de souvenirs humides, il me rappelait combien j’aimais cet amant, ce dément, mon fou, ce qui me réveilla.

 

Je me remémorai notre première fois sur cette plage de garçons. Fred était nu sur un linge, étendu sur le ventre, son œil brilla lorsque j’apparus sur le sable. Le chemin qui m’y amena était bordé de coquelicots crachant leurs

falbalas froissés. Un léger vent les emporta le temps que je les observe se disperser et mourir dans des hautes herbes de Pampa.

 

 

Le soleil ornait d’un safran uniforme son corps d’éphèbe. Là, au milieu de ces cuirs d’athlètes, luisants, de ces apollons aux couilles rasées, de ces satyres à l’haleine fraîche et à la mèche gélifiée, émergeait mon amour, s’étant paré pour l’occasion du plus bel effet.

Un regard suffit à nous convaincre d’engager un duel. Nous nous échappâmes de tous ces envieux et trouvâmes un coin tranquille, bercé par la lumière déclinante de l’après-midi mourant.

 

Le ciel était notre crapaudine et la mer, le drap où reposaient nos corps ébaudis et bandés.

Je contemplai ses formes à portée de mes doigts tremblants. Ses courbes chaudes m’invitant à les frôler, à les caresser, à les pétrir sous les derniers rayons d’un soleil rougeaud et entêté, laissant derrière lui comme une traînée de sang dans le ciel, prélude d’une bataille s’annonçant sans pitié, au vu de nos sabres si bien affûtés.

 

Nous nous laissâmes tomber sur le sable chaud. Je me plaçai de façon à ce que ma chevelure de légionnaire effleure son ventre afin que je puisse embrasser ce fruit s’offrant à mes lèvres. Ce gland vermeil exaltait une odeur d’iode et d’algues que ma langue adoucit en quelques léchouilles.

 

Très vite, les premières gouttes d’excitation dévalèrent le long de ma gorge. Un savant fumet se dévoila, un goût somme toute logique à mes sens, que j’attendais, que j’avais attendu toute ma jeunesse, me semblait-il.

Mon sexe ne cessait de dire oui sans faillir, ce qui fit sourire ma conquête y voyant là un présage de bon augure.

 

En un tour de main, il déploya ses membres pour croiser le fer avec les miens, formant ainsi un enchevêtrement de muscles et de chair ne paraissant plus qu’un.

Sa tête embrassa ma sculpture à pleine bouche. Cette dernière ne tarda pas à être lustrée de son socle jusqu’au firmament des étoiles. Dégoulinant de désir, mon joyau glissa ensuite entre ses doigts comme une anguille à qui l’on veut faire cracher l’hameçon.

 

Lorsque je ressortis de sa bouche fumante mon coquin, brillant dans la pénombre du couchant, je me mordis la lèvre, penaud et inquiet à la fois de notre endurance. Je fus gêné lorsque je ne pus retenir la jouissance. Un jet puissant snoba son épaule avant que son membre n’inonde de sa semence mon torse à la végétation luxuriante.

 

Cet apéritif aiguisa notre quête et nous mit en appétit. Il annonçait un repas de premier choix, un festin hors du commun.

 

Chaque pli, chaque recoin de peau, chaque crevasse, chaque écueil lorgné par le fil de ses doigts sur mes pores me faisaient encore plus trembler. La sueur qui en découla invitait à la nage, et très vite, sa baguette tuméfiée emplit cette raie du cul tant attendue.

Ce gourdin collé ainsi tout contre ma lune me noya dans les rêves les plus insensés et fit bondir mon tigre jusqu’à lui tordre la tête, jusqu’à lui faire disparaître la moindre rayure tant il était raide.

 

Cette douleur plaisante me renvoya dans ces forêts humides et chaudes, que j’explorais plus jeune, et où ma main n’avait de cesse de me faire pleurer le chibre, où les fantasmes les plus inavouables exhortaient à jouir.

 

Ses mains ne cessaient de me caresser. Et alors que son sous-marin tenta de se frayer un passage à travers les poils embusqués à l’entrée de mon temple, je ressentis la furieuse envie de me laisser prendre par ce capitaine de l’émoi. Comme ça, sauvagement et crûment.

 

J’avais envie d’être corrigé par cette beauté méchante, me tenant tel un lion, le seigneur de la savane. Nul besoin de branler ce vit aux abois, sentir ce sauvage en moi était bien assez stimulant pour qu’explose ma ferveur.

 

Je ressentis cette vibration lorsque nos sexes défièrent les lois de l’attraction, libérant un cri de bonheur que toute la plage, sans doute, entendit.

 

Saouls tels des soiffards, des dévoreurs de baisers, le sperme nous avait cousus l’un à l’autre malgré nous. Il avait scellé nos poils, nos peaux, notre destin, et lorsqu’il fallut nous déprendre, ce fut presque douloureux. Une sensation de froid nous envahit et la peur de perdre à jamais cet instant nous étourdit. La crainte de ne plus revivre pareil moment avec lui me fit blêmir.

 

Puis le lendemain, après que je l’eusse suivi chez lui, et les jours suivants à demeure, ayant décidé de vivre ensemble, la magie de ce soufflé béni ne retomba jamais.

La clepsydre qui se vide devint notre alliée la plus sûre. Nous aimions regarder le temps passer. Nous espérâmes vieillir ensemble dès ces premiers frissons et peu importe les marques du temps, les défauts et les tavelures. Ce sont ces mêmes imperfections qui agrémentent nos existences d’une cicatrice ici, ou d’une ridule au coin de l’œil. Et chacun de ces sillons se veut le garant de notre amour, le témoin de tous nos émois, de tous ces matins du monde où l’haleine et la barbe ne nous firent jamais reculer ou réfréner nos baisers.

 

Et voilà qu’après bien des années, qu’après tout ce temps passé aux côtés de cet amant, j’étais dans ce bain, à l’espérer, le désirer. Ma queue dressée draguait mes doigts gourds, m’invitant à jouir d’un jet puissant, une poussière d’étoiles dans le monde du silence, une traînée de vie s’égrenant en petites perles dans un firmament mousseux et soyeux.

 

Pourtant, tout ne fut pas si simple pour que je puisse paraître aussi serein. Il y eut moult péripéties et bien des doutes avant que je ne m’avoue vaincu. Même mon voyage en Amérique, pour rejoindre ce que je pensais être un diamant, ne put me faire échapper à ses yeux emplis d’amour. Mais ce fut là, la dernière tentative d’évasion pour l’oiseau que j’étais.

 

J’eus beau lui dire de ne jamais trop refermer sa main sur moi, que plus il resserrerait ses doigts et plus vite je m’envolerais, je n’essayai à aucun moment de m’échapper.

Bien sûr, je le fis souffrir sans vraiment le vouloir, car on n’apprivoise point un animal sauvage sans se faire écorcher. J’étais si maladroit.

 

J’ai très vite su ou pressenti qu’il réussirait à m’apprivoiser aussi sûrement que le petit prince le fit avec le renard. Et il ne démordit à aucun moment, même s’il dut me maudire en certains instants et s’il m’en veut peut-être encore aujourd’hui de ces excès de tout.

J’appréciais ce qu’il m’offrait plus que n’importe qui, avec toujours la crainte de me brûler les ailes. Mais je savais que c’était pour mon bien.

 

Les démons de mon enfance tentèrent de me prouver le contraire et de compromettre cette histoire, jusqu’à me rendre dingue et à presque me faire perdre pieds, mais je tins bon et ne cédai au sacrifice. Les fantômes eurent beau se parer des plus beaux atours, aucun d’eux n’eut la saveur et la candeur de mon aimé.

 

Je les fis voler en éclats aux quatre coins cardinaux, armé d’une vigueur que je n’aurais soupçonnée si forte et redoutable.

 

Je voulais célébrer ce festin sans limite, sans peur ni reproche, être un bourdon rassasié de ce miel dérobé. Je devenais un junky de l’éros, prêt à tout pour avoir ses doses journalières.

Et c’est ce que je devins en moins de temps qu’il n’en fallut pour me construire. Miracle de l’amour ou savoir faire d’un être exceptionnel, j’avais peine à réaliser ce qui était en train de m’arriver. Il faut dire que j’avais tant ramé jusque-là.

 

Avant Fred, j’évaluais fréquemment mes batailles et mes faiblesses face à ce grand mystère qu’est l’amour.

 

Je me crus armé jusqu’aux dents contre ces satanés sentiments et fus bien décidé, durant des années, à ne pas me laisser bouffer par ce fléau, à en découdre une fois pour toutes.

Je faisais partie de ce train me faisant traverser des aqueducs vertigineux, me plongeant dans l’obscurité de tunnels interminables. Tomber du précipice était un danger permanent. Ne pas revoir la lumière, un risque récurrent.

 

Mais j’étais un battant et savais, qu’un jour, je vaincrais cette peur panique, même si je pensais, à ce moment-là, que tous ces gens à l’œil mielleux et rempli de bonnes intentions n’en voulaient qu’à mon indépendance, à ma liberté.

 

J’emmerdais ces butineurs de fleurs bleues, ces terroristes du bonheur nous rendant marginaux, nous les écorchés. Tous ces guerriers de l’amour, avec comme meneur un Cupidon plus que décidé, me grisaient. Je paraissais si déterminé à combattre ce dernier que j’en arrivai à croire que j’y parviendrais un jour et voilà que j’attendais sagement la caresse d’un être aimant. Et j’aimai cette idée.

 

Je plongeai la tête dans mon bain et lissai ma chevelure argentée, un sourire de vainqueur au coin de la bouche. J’étais bien, prêt à céder au chant des sirènes et à me blottir contre les bras de Morphée. Je crus somnoler lorsque la sonnette retentit.

 

Je rassemblai mes esprits en maudissant ces emmerdeurs, ébrouai la mousse de mon bain comme pour effacer toute trace de plaisir, me mis un linge autour de la taille et allai ouvrir, non sans ronchonner.

 

Le cœur cognant contre ma poitrine, j’espérais une surprise ; un revirement de situation ; un problème technique ; une carlingue endommagée le clouant au sol ; un miracle ; un coup de poker ; le vol annulé pour cause de grève ; un sortilège puissant ; un volcan se réveillant et empêchant tout trafic ; une tempête exceptionnelle; un éboulement; une bruine trop épaisse; une neige subite; une tornade plus que décidée ; une pluie de crapauds ; un ascenseur défectueux... tout plutôt que de le savoir partir pour son travail durant ces quelques mois.

 

J’ouvris la porte et, surpris, laissai tomber mon linge, en contemplant l’homme se tenant devant moi comme au premier jour, sur cette plage de culs nus. Je n’avais pas songé que la meilleure raison de manquer son avion pouvait être tout simplement moi.

Nous fîmes voler ses habits et exploser le champagne qu’il cachait dans son dos, comme si nous avions gagné à l’Euro Millions, avant de faire l’amour, encore et encore.

 

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24/09/2016
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