T O U S D E S A N G E S

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GOURMANDISE

          

              GOURMANDISE

 

  Nouvelle publiée dans la revue de littérature

               « Les Hésitations d'une Mouche » en 2008

       

 

                    

 

Séduire. Quel beau mot que celui-ci. Tout semble y être dedans lorsqu'on le lâche du bout des lèvres. Tout ce dont nous avons le plus besoin… Amour, joie, excitation, désir, gourmandise… Ce à quoi devraient ressembler nos vies en quelque sorte.

S'il y a bien une chose de laquelle je peux être vraiment fière, c'est sans conteste la manière dont je m'y pris pour épouser, avec succès, un mode de séduction dont je n'ai point à rougir.

 

Bien évidemment, manier cet art de la sorte, s'il fait des heureux, n'engendre pas que des contentements. Il faut les voir ces envieuses dégainant quelques crachats mesquins sur mon compte, ou plutôt sur mon allure, mais cela ne fait rien. Rien du tout et n'ébranle aucunement ma démarche souveraine : un pas lent et sûr, car au bout de la place de l'église, non loin du café Léopold, je sais que des yeux m'attendent avec gourmandise et une certaine jubilation. Je devine ces dizaines de nez humant les effluves de mon corps tout entier avec la volonté de s'y frotter. Impatients, éveillant en eux un appétit et un instinct qu'ils ne paraissent point avoir trouvés dans les bras de leur épouse.

Ils attendent les gredins, attendent l'attraction du dimanche après la messe qu'un abbé éméché tenta de mener à bien comme à chaque fois.

Ils sont fébriles, presque fiévreux à l'idée de me voir en os, mais surtout en chair. Ils desserrent leur petit nœud trop serré pour les plus coquets, ou leur cravate mal nouée.

C'est au premier qui me verra. Au premier qui retirera son couvre-chef pour qui en porte un. Ils guettent avec frénésie, attendent le gallinacé le plus convoité de la journée, flanqué de son chapeau à fleurs du plus bel effet et de sa longue robe mauve me rendant encore plus grande que je ne le suis. Une dinde doivent penser l'ensemble des passants, à n'en pas douter, en me voyant parader ainsi, oui, mais une dinde bien ferme et vive, alerte, goûteuse à souhait pour qui sait apprécier les bonnes choses. La bonne chair, serais-je tentée de dire. Mais que cela ne vous inquiète point, je m'en arrange plutôt bien de cette réputation. Je dirais même que j'ai plus qu'entretenu cet aspect me seyant à ravir. Je l'avoue sans fard, j'ai toujours tenu à mes rondeurs comme à la prunelle de mes yeux, mais attention, je ne parle pas ici de bosse dissymétrique ou de bourrelets si peu ragoûtants. Non, je vous parle ici de rondeurs franches et régulières. De ces courbes agréables à l'œil, presque fermes. D'un ensemble harmonieux et ne jurant avec aucune partie de mon corps. Une œuvre de Dieu ayant si souvent inspiré les plus grands sculpteurs d'antan.

Même mon nom semble s'être adapté à ma charpente, à moins que ce ne soit le contraire. Lorsque les hommes m'appellent « Aline », j'en rougis presque, tant ce nom me colle à la peau. Tant tout en lui semble m'arrondir ça de plus.

 

© 2008 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.       

 

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31/08/2008
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