T O U S D E S A N G E S

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Hommage à un ami disparu

                      Hommage à un ami disparu

 

                       Je me devais de rendre hommage à…un ami, oui. Et quel ami.

Comment devrais-je l'appeler pour être le plus juste et ne pas être trop ridicule : mon matou, ma boule d'amour, ma peluche, mon pote, mon confident, mon ami… Et ami n'est pas un vain mot pour moi. Je ne l'utilise pas à la légère.

 

Un ami n’est-il pas un être en qui nous avons pleinement confiance, qui sait nous raisonner mais également nous encourager. Et l’amitié ne se gagne pas si facilement. Y compris avec un chat. Il faut mériter sa confiance, draguer sa conscience et apprivoiser la patience car les chats peuvent nous faire reculer dans nos retranchements les plus extrêmes.

Qu'il soit chat des villes ou des champs, il reste pour qui sait s'en occuper comme il faut, un être capable de bien des choses… à commencer par léguer un vide énorme lorsque disparu dans de bien étranges circonstances, il nous manque tant. Un manque qui nous fait freiner le pas avant de monter l’escalier de la maison, de crainte de se heurter à cette réalité et la douleur que ce vide nous inflige en filigrane. Aussi durement que s’il s’agissait d’une douleur due à la perte de l’un de nos paires. Mais ces compagnons qui s’agitent devant nous à longueur de journée, indépendants et joyeux, s’amusant d’un rien, d’une feuille morte portée par le vent, sont-ils en-dessous de nos comparses humaines ? N’ont-ils donc pas droit au même sentiment de tristesse ou cela se veut-il aussi indécent que certains le proclament ? La vie d’un chat vaut-elle moins que celle d’un humain ? Allez donc dire cela à une personne âgée n’ayant pour seul compagnon, qu’un vieux matou aux dents cariés et à la vue qui flanche. Eux, mieux que quiconque pourraient répondre à ce grand dilemme. Eux, mieux que n’importe qui savent les bienfaits de ces boules de poils et le pouvoir que leur amour aveugle se veut léguer. Un  pouvoir immense, qui, s’il ne comble pas toutes les attentes, sait apporter un soutien et l’assurance de ne pas vivre que pour soi ; de partager, des joies, des peines, d’entendre la douleur et même, d’en calmer certaines.

 

Oui, ces amis en bien des circonstances sont bien plus en droit d’être pleurés que bien des individus. Nos complices à quatre pattes n’auront jamais trahis notre confiance et déçu nos attentes.

 

Et dans leur regard, toujours ce reflet approbateur et sincère nous renvoyant à nous-même. Lorsqu’on y songe, n’est-ce pas ce dont nous avons le plus besoin ? N’y a-t-il pas dans cette prise d’affection « déviante » diraient certains, le moyen le plus sûr de se dire et se sentir heureux ; d’exister dans le yeux d’un autre ; d’être compris, sans remontrance ni réprimande. Un regard noble dont bien des humains devraient s’inspirer lorsqu’ils regardent les leurs, et je sais de quoi je parle, je puis vous l’assurer…

 

Alors oui, peut-être que faire le deuil d’un matou est ridicule à bien des égards pour les uns, mais tellement naturel pour les autres. A ces derniers, je me porte garant des bienfaits d’une telle amitié, sans en rougir, sans même frémir, car tant que cette grâce animale n’a pas touchée les plus sceptiques, ceux qui se moquent, ceux qui radotent, ils ne pourront jamais comprendre la noblesse d’un tel sentiment. Ni l’importance d’une telle relation, car s’en est une à n’en pas douter. Qui connaît le mieux mes habitudes, ces petits riens, mes tics et mes tocs, mes réactions envers les miens. Ces voyous aux pelages multicolores n’ont de cesse d’espionner nos moindres faits et gestes. Ils savent tout de nous. Mieux que n’importe qui d’autre dans la maison. Ils anticipent nos actions, nous attendent sur le lavabos parce nous imaginons que la mousse à raser sortant de la bombonne comme par magie les fascine, mais ce n’est pas forcément l’unique raison. Ils sont devins, j’ai pu l’apprendre en vivant à leurs côtés, et si l’on raconte dans d’histoires à leurs propos, tant de légendes et de contes, ce n’est pas pour rien. Ce genre d’ami, et déjà il y a trois mille ans de cela, ne sont pas qu’amusement et présence, ils semblent percer pour certains les secrets les mieux gardés fermés à double tours dans notre tour d’ivoire. Le pouvoir transcendant qui les anime si l’on y regarde de plus près, ne découle pas de la magie ou du mystère, mais de l’observation menée au sommet de son art. Car un chat voit tout, tenez-le vous pour dit. Du bouton tombé sur le sol, un matin ou votre tour de ceinture en a repris un méchant coup lorsque vous avez voulu boucler votre pantalon ; au stylo oublié sur la table. Même vos habitudes alimentaires sont scannées au peigne fin. Rien n’est omis, tout est parfaitement bien mené. Et si les coups de folie qu’ils peuvent avoir quelques fois dans la journée, les présente comme des êtres possédés, peut-être est-ce là, un efficace moyen de décompresser  et de passer à autre chose.

 

Je n’entrerai dans une guerre picrocholine dressant ceux qui pensent comme moi et ne se sentent aucunement supérieur à un animal aux constats plus primaires et vindicatifs de certains trouvant en les animaux, des êtres inférieurs. A ces derniers, je dirais juste de regarder un peu en arrière et à chaque fois qu’ils ont juré tous les dieux que certains se conduisaient comme des bêtes, mieux observer le règne animal. S’il peut paraître impitoyable il n’y a aucune place pour l’injustice et la trahison. Rester humble envers nos amis animaux me semblent une sage décision et le meilleur moyen de se faire accepter dans le monde qui nous entoure. Et aujourd’hui plus encore qu’hier.

Suisse (5).JPGMais revenons à mon Gribouille et sa frimousse grise, son empressement lorsque j’allumais l’ordinateur à venir se coucher à côté du clavier. J’avais l’impression par moment, qu’il me donnait des sources d’inspiration. Des idées lorsque je relevais la tête d’un air dubitatif et cherchais un mot clé. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il écrivait pour moi, mais pas loin.  Il y a certainement dans les textes de l’époque la patte de Gribouille ou du moins, le souffle de ce minou n’ayant jamais manqué une seule séance d’écriture. Ni aucune préparation en cuisine d’ailleurs, les chats étant le plus souvent de fins gourmets ou de simples estomacs sur pattes.

 

Un manque donc, oui, et pas des moindres. Un vide qui, même si par la venue d’un autre félin il tente d’être comblé, la tâche s’avère rude car en dehors de toutes les qualités de ces curieux aux moustaches intuitives, le chat se veut déborder d’indépendance et avoir une personnalité singulière que bien peu d’autres espèces lui égalent.

 

Ce qu'il m'apporta reste et restera en moi pour les temps à venir, et je m'en vois ravis.

 

Prenez donc bien soin de vos fidèles compagnons et n'oubliez jamais de songer qu'aucun animal, jamais, ne vous trahira dans votre dos… Et ce n'est pas rien…

 

Texte remis à jour aujourd'hui, dimanche, 27 juillet 2014

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30/08/2008
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