T O U S D E S A N G E S

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Immersion lecture 1er degré

Immersion lecture 1er degré

 

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Il y a un élément qui m’interpelle toujours lorsqu’on me donne un retour de l’un de mes textes, c’est le degré de lecture posé sur le récit.

 

 

À n’en pas douter, la plupart des auteurs se saignent pour sortir des mots de leur cerveau et concocter une histoire. Certains n’en ressortent pas indemnes, voire, peuvent sombrer dans une déprime qu’ils ne comprendront pas ou ne voudront pas comprendre. Oui, bien sûr, les torturés. Ils ne sont pas une légende et ceci prouve qu’écrire est plus que gribouiller quelques phrases sur une feuille de papier, mais bien une mise à nu.

 

Certains le font admirablement bien ; d’autres, plus maladroitement. Quelques-uns y mettent du style tandis que les autres se laissent guider par leur instinct. On pourrait continuer la liste tant elle est longue,  il y a tant de façons d’appréhender l’écriture. Et la lecture, bien sûr.

 

Chacun sa sensibilité et sa manière de libérer son trop-plein d’amour ou de haine, tous, ne sont pas aussi égratignés par l’inspiration. Il arrive que certains auteurs n’écrivent que pour le plaisir, que pour se marrer et s’amuser, partager et échanger. Ces auteurs-là tiennent plus du caméléon qu’autre chose, et ne se formalisent pas à écrire de l’horreur à l’état pur ou du comique, du moment que le plaisir y est.

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Mais pour ce qui est des lecteurs, c’est une autre affaire, et j’en viens à parler un peu de mon vécu ici, car je fus surpris bien des fois par des réactions auxquelles je ne m’attendais pas de la part de lecteurs, relevant la dramaturgie d’un récit comme si c’était obligatoirement la mienne. N’arrivant à dissocier, le vrai du faux, le vécu de l’imaginaire et prenant argent comptant tout ce qui y est inscrit. Je comprends pourtant bien ce phénomène, que l’on peut retrouver chez certains cinéphiles vivant si intensément le film qu’ils visionnent, qu’ils n’arrivent plus à dissocier le vrai du faux et s’en trouvent affectés. Ils peuvent être bouleversés, effrayés ou ressentir une envie de vivre incroyable, que les acteurs et le scénario auront su insuffler aux spectateurs.


Après réflexion, et en tant qu’auteur, je trouve ces réactions plutôt naturelles (je n’aime pas le mot normal), tant l’imprégnation de nos personnages lorsqu’on écrit un roman ou une nouvelle, peut être envoûtante. C’est une immersion dont certains auteurs n’arrivent à se sortir et risquent fort de s’y noyer. Car tout écrit tient de l’intime, c’est un don de soi avant tout, et peu importe le sujet que l’on consacre ou que l’on traite. L’effet peut être ressenti de la même façon pour les lecteurs, et la lecture au premier degré peut devenir alors, source d’angoisse ou de plaisir, mais toujours imprégnée d’une réalité que l’on se plaît d’épouser, comme si l’on ne voulait pas vraiment qu’elle puisse être fictive.

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Le lecteur est seul face au livre, avec son parcours, son vécu, ses espoirs et ses déceptions, ses attentes, sa sensibilité ou sa fermeté. C’est un moment privilégié qu’il lui plaît de chérir. Un agréable moment, seul avec soi-même et les protagonistes du livre que l’on tient entre nos mains. Et bien qu’un texte généreusement mis à sa disposition (car c’est aussi un don de soi) donne une version personnifiée d’une histoire scénarisée, les lecteurs s’arrangeront à leur façon, avec cette histoire et ceux qui l’accomplissent, pour l’éprouver intensément ou superficiellement. L’auteur à ce stade, n’a plus aucun mot à dire et le comparer au texte lu peut arranger bien des lecteurs, ne serait-ce parce qu’ils sont émus ou affectés. Parce qu’ils se sentent bouleversés ou chahutés.

 

 

Est-ce un texte réussi lorsqu’on nous compare aux héros de notre roman ? Ou la sensibilité exacerbée du lecteur est-elle un facteur qui ne permet plus de différencier le vrai du faux ? L’imaginaire du réel ?

 

Pour prendre des exemples plus concrets, si l’on écrit un texte à la première personne en tant que femme, et que nous sommes un homme, si nous publions sous pseudo et que les lecteurs sont bluffés par le résultat, il sera difficile pour certains, d’imaginer une seule seconde, que l’auteur est un homme en vérité. Si l’on écrit en tant qu’homosexuels, bien des lecteurs penseront que nous le sommes. Si nous écrivons un texte terrifiant, en tant que criminel, un malaise sera perceptible, comme si ce que nous écrivons était en réalité ce que nous sommes.

 

Pour avoir fait du théâtre durant quelques années, je sais l’importance de pouvoir se mettre dans la peau d’un personnage pour le rendre crédible. Et j’applique pour ma part, exactement la même discipline aux protagonistes de mes écrits pour tenter de rendre le plus crédible possible, l'histoire. Qu’il soit noir, blanc, hétéro, homme ou femme, jeune ou vieux, homo, handicapé, dépressif, serial killer ou un doux agneau, c’est du pareil au même. Le tout, étant de pouvoir rendre crédible les personnages, et c’est à cela, je pense, que les lecteurs les plus assidus se réfèrent. Cette impression que l’auteur ne peut être autrement que ses personnages, tant le message est fort et l’intention profonde se veut quelquefois plus forte que tout.

 

Lors d’un repas entre amis, nous discutions des pervers narcissiques et leurs méfaits, et personne ne pouvait se mettre à penser comme eux. N’arrivait à s’imaginer être l’un d’eux et penser comme ce genre d’individu. J’avais beau à chaque fois les reprendre pour leur dire que pour les PN, le fait d’écraser et de détruire son prochain était leur manière de fonctionner, ils ne pouvaient l’accepter. Tout leur corps et leur intérieur se le refusaient, alors que ce n’est pas si difficile en vérité. Mais ce que nomment certains comme une prouesse n’est effectivement pas donné à tout le monde. C’est un lâcher-prise, un acte insensé et un peu fou, lorsqu’on s’immerge dans l’univers et le fonctionnement d’un autre. Nous lâchons la corde de la raison pour nous laisser tomber dans le vide où un monde inconnu nous y attend. Et c’est en cela, je pense, que l’auteur réussira l’illusion et fera vivre ses personnages en les rendant aussi réels, que notre voisin d’immeuble. Il pourra même se laisser guider comme je l’ai été dans l’écriture d’un roman ou le petit criminel dirigeait son destin plus que je ne tentais de le faire. Et je laissais faire. Étais-je pour autant un être flanqué de pulsions malsaines ou criminelles ? Devrais-je m’en inquiéter ?

 

Et bien ma foi, si je vous disais que descendre dans les tréfonds d’un être aussi sombre que Paris, le criminel du roman en question, était jouissif, me prendriez-vous pour un psychopathe pour autant ? Scruter son âme, descendre dans les abysses les plus sombres d’un être aussi diabolique n’est pas sans danger certes, mais cela reste une aventure extraordinaire, car jamais je ne me suis senti aussi éloigné de moi-même. À des années-lumière de mon fonctionnement (ouf ! On respire), et peut-être est-ce pour cela que l’immersion fut facile et si intéressante. Nous confronter à nos contraires est une discipline singulière et difficile, mais lorsqu’on peut se lâcher et voyager dans l’esprit tordu de certains protagonistes, cela reste une aventure plus qu’intense. Et même si ce genre d’expérience nous révèle souvent une part d’ombre ou de lumière dont nous ne soupçonnions l’existence, nous ne sommes pas pour autant celle ou celui, relaté dans un exercice d’écriture qui laissera des traces, à n’en pas douter, mais qui nous fera grandir.

 

Les gens ont l’habitude des carcans et des casiers. Ils aiment nous y placer pour au moins ne pas être pris au dépourvu. Et c’est la même chose pour les auteurs. De même pour les acteurs, regardez le temps qu’il faut à un comédien pour sortir du créneau dans lequel on l’avait placé et peut-être à juste titre. S’il fait rire, il lui sera difficile d’être pris au sérieux pour un rôle dramatique. Pour les auteurs, c’est un peu moins cinglant, et quoi qu’il en soit, il ne faut pas laisser faire ni trop écouter les conseils avisés.

 

Écrire est la chose la plus merveilleuse qui ne me soit jamais arrivée dans ma vie, me ligoter et me limiter à un style, un genre ou une discipline reviendrait à tuer l’imaginaire. Nous avons la chance d’être doté de cette incroyable faculté de raconter, qu’elle soit heureuse ou maladroite, reconnue ou méconnue, peu importe, le seul point reliant tout auteur quel qu’il soit, est la liberté, car on ne bâillonne pas l’imaginaire.

 

À vos plumes, et lâchez la bête ou le poète qui est en vous, ce ne sera qu’un moyen de vous rendre plus libre….

 

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20/02/2017
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