T O U S D E S A N G E S

T O U S    D E S    A N G E S

L'ÀGE BÊTE... LE RETOUR !!!

L'ÂGE BÊTE...LE RETOUR !!! (1999)

                                    aux Editions LE SEMAPHORE A PARIS

Ca y est ! Ce qui devait arriver est arrivé. Et ça  a pas été du gâteau de ramener à la raison mon Momo, qui a complètement pété les plombs. J'étais sûr qu'un jour, ça allait se passer ainsi.

 

Je me faisais une partie sur mon ordinateur, quand deux types sont venus sonner à la porte. Ma mère était toute paniquée quand elle a su que c'était des flics, et qu'ils désiraient me parler seul à seul. Elle courait dans tous les sens, appelait Bernard qui avait le nez plongé dans un journal. Lorsqu'ils arrivèrent dans ma chambre, ils fermèrent la porte derrière eux. Ca a dû démanger et inquiéter un max mes vieux que j'imaginais, l'oreille collée à la porte, pour essayer de récolter quelques bribes de ce qui se disait.

Ces deux messieurs me parlèrent vachement cool. J'ai été plutôt impressionné. De la part de flics, surtout. Ils me demandaient de faire vite pour me décider. Que je n'étais pas obligé, mais qu'il n'y avait que moi, apparemment, qui pouvait faire quelque chose pour éviter le pire. J'ai immédiatement éteint mon computer, j'ai pris mon sweat, et je les ai suivis. J'ai à peine eu le temps de rassurer mes parents. Y fallait voir leur tête. Ils étaient accrochés à mon bras, comme si j'allais faire un séjour de vingt ans à Alcatraz. C'était n'importe quoi… Ils m'ont foutu la honte ces deux cons ! Je leur ai dit de ne pas s'inquiéter, et les deux mecs qui étaient avec moi n'ont pas donné plus d'explications. Eux, ils étaient pressés par le temps. Et ne pensaient qu'à ça.

 

Le plus grand des deux m'a proposé de monter devant, histoire de m'en foutre plein la vue, je pense, et de faire copain avec moi. J'ai pas regretté. C'est qu'il y avait deux motards qui nous escortaient, en plus du gyrophare et du feu d'action illimité. J'ai jamais traversé si vite une ville. J'ai presque eu les chocottes.

Quand on est arrivé devant l'immeuble de Momo, j'en croyais pas mes yeux. Des voitures de flics dans tous les coins. Des barrières un peu partout dans le quartier. C'était l'Amérique. Starsky et Hutch en plus flashant, vu le nombre de gyrophares en pleine possession de leurs moyens, faisant briller la nuit. Il y avait plein de gens, affalés contre les barrières. Oh ! On pouvait voir mon arrivée devant le HLM de Momo. La lignée de poulets s'écartait devant notre bagnole. Quand je suis sorti, on aurait dit que j'arrivais à une remise des Oscars, à Hollywood. Y manquait plus que le tapis rouge et c'était la totale. Ca flashait dans tous les coins. Apparemment des journalistes véreux et avides de sensationnel. Les flics avaient beau les repousser, ça ne les empêchait pas de recharger, ces bouseux. On a bien eu de la peine à pénétrer dans l'immeuble.

Une fois dans le hall d'entrée, une espèce de gros mollusque m'a foncé dessus :

-          Bon ! Allez !!! Assez perdu de temps comme ça… C'est lui le gamin ?! qu'il demanda aux deux mecs sympas.

Ils n'ont pas eu le temps de répondre qu'il continuait :

-          Bon ! Cette fois, essayez de faire en sorte qu'il n'y ait pas de carnage, j'en ai assez sur le dos comme ça. Et bien ! Allez-y ! Qu'est-ce que vous attendez !

 

J'ai pas su qui c'était, mais apparemment, c'état un chef. Plutôt con, le mec. Voilà le prototype du flic, comme je me l'étais imaginé. J'espère qu'après celui-là, ils ont cassé le moule. J'ai pas eu le temps de m'interroger sur les bons et loyaux services de ce monsieur, que je fus tiré par la manche. Ils me demandèrent de ne pas faire attention. Il faut dire que, le plus petit, celui qui avait des lunettes, c'était un flic spécialisé en psychologie. Ou un truc comme ça. Une grosse tête, quoi. Je t'explique pas les tronches qu'il y avait parmi les mecs armés. Ah ! Ils s'y croyaient. Y fallait les voir, armés jusqu'aux dents. Une vraie bande de crache la mort en puissance. A un moment, j'ai cru que j'allais tomber sur le nazi de Jacqueline. Ca aurait été plutôt drôle. Il y en avait dans tout l'immeuble. Jusque devant la porte de Momo. Ils ont immédiatement décampé, quand ils nous ont vu arriver.

Derrière la porte, c'était le calme plat. Les deux poulets qui m'escortaient me poussèrent à parler depuis là. Je me collai à la porte.

-          Momo ?! Tu m'entends Momo ?!! Momo ! Si tu ne me réponds pas, je me barre, et tu ne me vois plus jamais !

-          C'est toi Maurice ??? Sa voix était toute petite. Il paraissait soulagé. On aurait dit qu'il venait d'entendre le messie.

-          Bien sûr que c'est moi Momo, qui c'est que tu veux que ce soit d'autre ?!

-          Mets-toi en face du hublot, que je te voie bien.

-          Momo ! C'est pas un hublot qu'on dit, mais un judas ! Et puis arrête de faire le c… !

-          Mets-toi en face de ce putain de machin que je te dis, cria-t-il, tout paniqué.

Là, j'ai senti comme une tension anormale. Et mon impression rejoignit celle des deux flics. Je me mis devant la porte, pour qu'il me voie bien. Je vis la lumière diminuer de l'autre côté de l'œil de bœuf :

-          Tu me vois Momo ?!!!

-          Dis à ces connards de se tirer Maurice ! Tu crois que je  les vois pas ?!

-          Je fis signe à l'assistance de s'éloigner du champ de vision de mon ami. Une fois, tous hors de la vue de mon pote, je continuai :

-          Là ! Ca va Momo ? Y a plus personne. On est plus que les deux… Alors maintenant tu te calmes, et tu poses ce fusil !!!! Tu vas finir par tuer quelqu'un.

-          Mais… c'est ce que j'essaie de faire Maurice ; je veux le descendre ce connard !!! Je veux plus qu'il nous touche, tu comprends ! Je veux plus qu'il touche un seul cheveu de mes frères et sœurs. Je vais le crever Maurice !

-          Momo !!!Momo ! Fais pas le con bordel de merde !!! Tu veux que je vienne te voir derrière des barreaux ? C'est ça que tu veux ?! Que je t'apporte des oranges !

-          Mais tu m'as dit toi-même qu'il faudrait le descendre !!!?

-          Oui ! Momo !!!! Mais j'ai dit ça… histoire de… enfin… façon de parler, merde !!! Bien sûr que c'est un connard ton vieux, Momo ! Mais tu vas bousiller ta vie pour lui ! Il en vaut pas la peine Momo ! Pas toi ! Une de ces tronches de cake qui garde l'immeuble, peut-être… mais pas toi Momo !

Là, j'allais pas me faire d'amis dans la police.

-          Mais c'est toi qui m'as dit qui faudrait le crever ce fumier !

-          C'est vrai Momo ! Je t'ai dit ça, mais je parlais de mort naturelle. Ou que quelqu'un d'autre le coince, et lui fasse la peau. (J'osais imaginer la tête du vieux à Momo, quand je proposais les solutions de mise à mort à son fils, le tenant en joue, et tremblant de lui-même et de ses réactions.) Mais pas toi Momo ! Je tiens trop à toi pour que tu partes en prison. Merde !!!! Allez !!!! Pose ce flingue Momo !

-          Non !!! J'en ai rien à foutre d'aller en prison. De toute façon, je suis seul. Même toi tu me laisses tomber depuis que t'es avec Sabine. Je suis seul Maurice ! En prison, au moins je serai pas seul.

-          Mais qu'est-ce que tu débloques Momo ?! T'es malade ou quoi ?!!! Quand est-ce que je t'ai laissé seul ? Hein ??!!! Réponds ! Y faut dire que t'es pas très net aussi comme gars… Je sais jamais ce que tu penses vraiment Momo ! Moi je te dis tout ! Et puis on est amis bordel ; on n'est pas mariés !!!

-          Je vais le flinguer cet empaffé !!! hurla-t-il, de rage.

 

J'entendis un petit bruit annonçant le désarmement de l'arme. Toute la flicaille se rua sur moi, pour me coucher sur le sol, dont j'ai pu sentir de très près la froideur. C'est qu'ils ne sont pas légers ces poulets ; ils ont dû être élevés aux grains et en plein air. J'arrivais presque plus à souffler, quand une détonation retentit. Un cliquetis s'ensuivit ainsi que des cris. Puis un grand bruit nous fit comprendre que le lustre venait d'en faire les frais. Je me débattis pour retourner coller mon oreille à la porte. Mais je dus lutter avec un de ces malabars, qui ne voulait pas me laisser partir. C'est les deux flics sympas qui lui ont dit de me lâcher. On aurait dit que j'étais dans un démêlé d'un match de rugby.

-          Merde !!! J'y comprends rien à ce machin !! que j'entendis de l'autre côté de la porte.

-          Momo ?! Momo ?! Tu n'as rien ??!!!?

-          Mais non ! J'ai rien ! s'énerva-t-il.

-          Momo ! Pose ce fusil ! Tu vas sérieusement finir pas tuer quelqu'un !

-          Mais ! C'est ce que j'essaye de faire depuis des heures, mais j'arrive pas à viser Maurice.

 

 

 © 1999-2008 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.       

 



31/08/2008
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