T O U S D E S A N G E S

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L'ASSAUT

L’assaut

 

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L’assaut

De toutes les montagnes répertoriées, il en est une que tout homme souhaite gravir encore et encore, jusqu’à en perdre la tête et la raison.

D’une étincelle fugace, le désir en bataille est porté par cette quête entêtée. Curieuse sensation, pressante et surprenante, sentir grandir en nous ce volcan endormi est une maladie incurable dont personne ne voudrait se départir ou guérir.

Merveilleux moment de rupture, entre le bienséant et l’indécent, nous n’avons cure des préceptes, des us et coutumes, de l’éducation reçue ou de telle ou telle croyance. Lorsque le désir parcourt nos veines, plus rien n’a d’importance que ce pourquoi nous sommes dans un tel état.

Adorable gredin montant à l’assaut de nos doutes, il éveille en nous des sensations d’une force que nous ne soupçonnions pas. Nous le sentons partout, le ressentons dans tout, s’immiscer dans nos pores les plus reculés, nos fantasmes les plus inhibés. Il nous ronge, tel un amant de passage capable de faire se sentir belle la plus vile des créatures et ne s’époumone jamais.

Il bouffe, bouffe jusqu’à être repu d’un bien-être dont il nous fait bénéficier.

Oui, lorsqu’il monte aux barricades et promet la lune, plus rien n’a d’importance, semble-t-il. Qu’on soit en train de lire ou de dormir, jamais il ne laisse de répit et sévit sans se priver de l’affirmer.

Joueur à ses heures, il aime se laisser retomber tel un soufflé, pour encore mieux se gonfler, l’instant suivant, s’immiscer dans nos sens affolés et aiguisés à la fois.

Ce qu’il peut être cruel par moments, à nous faire du rentre-dedans sans se soucier de notre état. Et alors qu’il a allumé le feu, il se permet de l’étouffer sans la moindre vergogne, d’un simple soufflet.

Féroce mécène de la félicité, il nous berne en nous faisant croire à l’amour. Mais ne prenez pas pour argent comptant ces élans et cette ardeur qu’il met dans ces raids lorsqu’il fond sur vous, ce n’est souvent que de la poudre aux yeux, que des feux follets aveuglants et flamboyants, enchantés et agréables je vous l’accorde, mais n’étant jamais que de belles sensations...

Heureux ceux qui recueilleront sa présence que l’on quémande tant et tant. Heureux les bienheureux l’apprivoisant et l’invitant. Certains parviennent à l’exciter tant et si bien qu’il revient et revient encore et toujours plus fort, pénétrant les chairs et faisant bouillonner nos neurones jusqu’à en perdre la boussole.

Coquin se destinant au plaisir et à la vie, il nous possède sans coup férir jusqu’à nous faire trembler de bonheur et nous laisser nous perdre dans une sensualité insoupçonnée. Capturant de nos mains fermes ce mont veiné, il nous pousse à être fiers de cet étendard et à le vénérer plus que la raison jusqu’à ce qu’une éruption bienfaitrice ne nous rende soudain ce regard d’antan et de l’enfant que nous fûmes.

Et là, dans ce grand lit, au milieu de cette étrange sensation et flanqué de cette curieuse émotion, il nous semble être abandonné, isolé et esseulé, orphelin d’un père n’ayant cure de nos attentes. Vulnérable.

Sa présence est si forte, lorsqu’il nous anime de tout notre être, qu’une fois abandonné, nous ne pouvons que nous sentir quelque peu délaissés, voire frustrés, même si nous savons qu’il reviendra et qu’il récidivera en nos landes, et pour notre plus grande allégresse.

Qu’il revienne donc, ce désir insatiable et vorace. Encore et encore, nous lui céderons jusqu’au dernier cheveu de notre tête et nous damnerons sans hésiter pour qu’il caresse à nouveau nos rêves les plus fous et nos envies les moins honorables.

Démon embrassant le frisson que tout un chacun sollicite au plus profond de son être, il est une vague rafraîchissante, une bouffée d’air pur qui, sans détour, nous murmure les songes les plus insolites ou absurdes. Peu importe... Ce qui compte, c’est que nous soyons prêts à l’accueillir lorsqu’il rôde tout près de nous, lorsqu’il renâcle et flaire notre présence tel un prédateur assoiffé de vie, affamé de désir et de convoitise.

Qu’il lance donc l’assaut ! Qu’il fonce sur nous ! Qu’il nous possède, ce prince de tous les instants ! Nous recevons toujours ce cadeau tombant de je ne sais où avec délice.

 

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© 2013 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.      



14/11/2013
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