T O U S D E S A N G E S

T O U S    D E S    A N G E S

La Tache

La Tache

 

Plus je me perds dans des relations sans lendemain, et moins je comprends la situation de ces deux parents, me percutant après toutes ces années comme un train lancé à pleine vapeur.

 

Tout se mélange. Tout devient de plus en plus obscur. Alors, oui, j’ai de la rage, de la rage, de la violence, mais je suis aussi quelqu’un de doux et fuyant de plus en plus les conflits, même si je sais qu’ils peuvent être utiles. Je les connais bien, ils ne me font pas peur. Ils ne m’ont jamais fait peur.

 

Mon père apparaît dans mon esprit comme une évidence. Et bien que caractériellement je ne lui ressemble toujours pas, il va de soit que j’ai un peu de lui, même si j’ai beaucoup de ma mère. Un mélange étrange. Un mélange, me causant bien des tracas.

 

Une tache à la main me rappelle mes gênes. Elle défile devant mes yeux comme un moustique indésirable. À chaque geste, mon regard se heurte à cette marque brune, la même que la sienne, exactement au même endroit, et ça me dérange. Me dérange effroyablement. Ça en deviendrait presque une obsession si je n’avais pas autant de souvenirs de voyage merveilleux dans la tête.

Lorsque je prends un verre, lorsque je pelle une pomme, me gratte la tête, fais du jardinage, caresse, frôle, tiens un objet, écris, lorsque je fais l’amour… À tout instant, elle me rappelle qui je suis. Mon passé. Et je ne peux oublier que le fils d’un requin ne peut devenir un poisson rouge. Le monde de Nemo c’est bien, mais cela reste un dessin animé.

 

Et je me vois ébranlé, chahuté de tous côtés. Jusqu’à avoir peur de toucher. Toucher ces peaux m’invitant au bonheur. Jusqu’à réduire le contact physique à nos deux sexes. Comme un trait d’union de deux mots n’en faisant qu’un, mais qui assurément ne pourra jamais s’accomplir.

 

Voilà comment pourrait commencer une petite obsession qui deviendrait grande, à n’en pas douter. Voilà comment on peut perdre pied, comment le monde peut ne plus jamais avoir le même aspect. Les valeurs, ne plus avoir le même sens.

Une simple tache. Une toute petite marque se bonifiant avec le temps, s’étalant sans complexe pour bien souligner sa présence irréfutable et nous montrer qu’en vieillissant, les traits ne pourront qu’accentuer cet effet de ressemblance.

 

 

 Photo : Michel Giliberti

 

 

 



16/01/2012
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 85 autres membres