T O U S D E S A N G E S

T O U S    D E S    A N G E S

LARMES SECHES

 

 

 

                            

 

 

                    Mieux vaut rire que pleurer! Ca, c’est ma Suzie qui le dit toujours. Pourquoi pas sourire? Pourquoi pas rire. Il y en a assez qui font la gueule, et je crois bien qu’elle a raison. Je dis ça, parce que maintenant, je peux rire. Je peux faire le malin. Tandis qu’à midi, je chiais pas mince....

                                                

Quand la sonnerie a annoncé la fin de la classe, c’est toujours la bousculade avec tout le monde. C’est au premier qui sera dehors. Et souvent, je suis dans les premiers. Parce que je suis petit et que je me glisse partout. C’est pour ça que la grande fille de Rosy, elle m'appelle “demi-portion”.

Mais cette fois-ci, j’étais le dernier. Je rangeais mes affaires, quand tous mes copains, ils étaient déjà dehors. Même qu’ils ont pas arrêté de m’appeler, je les entendais. Enfin ! Pas vraiment. Je mettais mes crayons dans ma trousse. Et pis je suis sorti calmement, avec ma serviette qui n’a jamais été si lourde que cette fois-là.  Je traînais. Ce qui est bizarre.... Il y avait des copains qui me dépassaient, ou qui couraient devant moi en me bousculant, mais moi,  je voyais pas grand chose. Je sentais seulement. J’arrivais pas à lever mes jambes plus vite.J’étais comme au ralenti. Je sentais l’odeur du vieux, parce que l’école, c’est un vieux château. Mais un vrai. Tout est vieux. Tout est en vieille pierre. Même que les marches sont toutes cassées. Les dernières, celles qu’ils ont rajoutées, elles sont en bois.

 

Mes affaires devenaient de plus en plus lourdes. Tellement lourdes, que je me suis appuyé contre le mur, au bout du couloir. Juste avant de descendre les escaliers. Je transpirais. Je devais être d’une drôle de couleur. Sûrement blanc comme un linge, parce que en général, on me dit que je suis blanc comme une merde de laitier. Que je suis toujours pâle. Et même quand je suis dehors. Même si je bouge sans arrêt.

 

Quand j’ai cru que je me sentais mieux, j’ai regardé en bas les escaliers, et j’ai senti ma tête lourde. Il me semblait que les marches devenaient de plus en plus nombreuses. Que l’escalier s’allongeait. J’ai voulu poser mon pied, même que je voyais pas où j’allais, mais les fourmis qu’il y avait dans ma caboche, exactement comme les autres fois, me rendaient trop drôle, pour me lancer. Je suis tombé assis, doucement. Je me laissais glisser. Je sentais bien ce que je faisais. Je glissais tout seul, et je pouvais rien faire pour essuyer les gouttes qui tombaient de mon front. Rien du tout. Même que j’étais drôlement mouillé.

 

Heureusement, il y a un prof qui est arrivé, et quand il m’a vu, il m’a demandé si je me sentais bien.

J’ai dit que oui, même si c’était un mensonge, mais il ne m’a pas cru. Il m’a aidé pour me relever. C’est que j’avais tout d’un coup, lâché ma serviette et posé mon derrière sur le sol, qui normalement, est toujours froid. Même qu’en été, quand il fait très chaud, et ben, on se couche à plat ventre sur la pierre, par terre, pour avoir du frais.

Il me disait que j’aurais pu me tuer en bas les escaliers, et qu’heureusement qu’il m’avait repéré. Il me demandait si mes copains étaient encore là. Sa voix était toute bizarre. Comme dans un disque que je ferais tourner tout lentement. Mais je pouvais pas bien répondre. J’étais pas sûr  des questions qu’il me posait.

 

C’est drôle, parce que je n'avais pas de traits comme à la télé. Comme j’ai eu les autres fois. Non! Là, c’est comme si j’avais la tête dans la lune. Je me rendais pas compte de ce qui se passait à côté de moi, et j’arrivais pas à revenir sur terre. Je marchais comme normal. Je bougeais comme normal, sauf que j’ai pas senti les marches quand on a descendu l’escalier. J’ai tout juste senti qu’il me tenait par le bras. C’est comme si il y avait plus de plafond, plus de par terre. Comme si c’était un autre monde. Comme si j’étais quelqu’un d’autre. Comme si je débarquais de je sais pas où. Comme si....je sais plus bien comment expliquer.

 

Je me rappelle que trois copains, ils me tenaient par les bras pour me ramener à la maison. Mais j’ai rien vu. Ni quand on est passé devant le champ de monsieur Amschtoutz. Ni quand on a croisé ses vaches qui rentraient à l’écurie.

Et pis je me suis retrouvé comme ça chez Rosy, puisque ma Joe est à l’hôpital. Elle aussi, avant de monter là-haut, elle était tombée dans les pommes. C’est comique. Les deux presque ensemble. Sauf que moi, je suis pas vraiment tombé.                                      

Rosy, quand elle m’a vu, elle a eu vachement peur. Même si elle disait rien, ça se voyait qu’elle était en souci à cause de moi.

J’ai juste entendu qu’elle disait que ça faisait drôle de me voir comme ça, alors que d’habitude, j’étais plein de vie. Tout le temps. Elle parlait à son fils, qui est un grand maintenant, et qui m’aime bien. Mais je me rendais pas compte de tout ce qu’ils disaient, parce que j’étais pas vraiment là.

Elle m’a dit de me coucher, et  de dormir un peu. De me reposer.

 

Mais j’ai pas pu rester longtemps au lit. C’est que je suis vite allé mieux. Et il fallait que je bouge tout de suite, une fois que ma tête elle est redevenue normale.

C’est comme ça que l’après-midi, je me suis retrouvé à cueillir des framboises avec Claudine et Rosy. Même que j’ai rempli un bidon. Et pas un petit, un grand bidon. On lui a même montré notre arbre préféré qu’on grimpe tout le temps.

 

 

Elle m’a dit que je devais faire attention, mais je lui ai dit qu’il n’y avait pas de problème. Que je savais quand c’était bon ou pas bon pour faire des choses comme ça avec ma tête.

C’était comme si de rien n’était. Comme si il ne s’était rien passé. Et on a tous fait comme si il n’y avait rien eu.On a pas parlé de ça. De toute façon, je n’y tenais pas. Mais Rosy, elle va sûrement le dire à maman, quand elle rentrera de l’hôpital.

 

 

Pas pendant, parce que ma Suzie, elle est vraiment pas bien, et il paraît que l’opération, c’était grave.

 



05/02/2011
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