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Le Noël des meilleurs Ennemis

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Le Noël des meilleurs Ennemis


 

Nouvelle

 

 

 

Didier Leuenberger

 

 

 

 

 

 

Noël approchait à grands pas et à chaque fois, aussi loin que s’en souvenait Max, cette fête n’évoquait pour lui que de mauvais souvenirs. Aussi, appréhendait-il cette période plus qu’il ne se réjouissait, même si à la veille de ses huit ans - Max était né un vingt-quatre décembre - il se voyait être étrangement serein. Sans doute, que le don dont il avait hérité et tenu secret, n’y était pas étranger.



L’année précédente, une dispute était survenue en raison de l’absence de son père, qui comme d’habitude, avait oublié l’anniversaire et le Noël de son fils. Et alors que sa maman le sermonnait, Max se fit la réflexion qu’il y avait belle lurette qu’il n’attendait plus rien de lui. À quoi bon attendre quelque chose de quelqu’un qui n’amène que souffrance et déception.

 

Depuis trois ans, à cette même date, Max avait pris l’habitude de se sauver, avant qu’une nouvelle querelle n’envahisse la maison, pour aller rejoindre la forêt. Qu’il neige, vente ou pleuve, rien ne pouvait l’arrêter, comme porté par je ne sais quelle force et surtout, avec la certitude en lui que rien ne pouvait lui arriver là où il allait.



Son meilleur ennemi qui se trouvait par hasard là au même moment le prit en filature. Ce dernier s’était échappé de chez lui, tandis que ses parents travaillaient. Il suivit les empreintes de Max, certain de le chopper dans un coin pour le chahuter, en vain. Il fut très vite frigorifié lorsqu’un vent glacial se leva. Les pas l’emmenèrent hors du village, alors qu’un brouillard inquiétant commençait à envahir les dernières habitations.


Arrivé à la lisière de la forêt, les traces avaient disparu, Max s’était tout simplement envolé, tandis que Fabrice claquait des dents et sautillait dans la neige pour ne pas devenir un glaçon. Le souffle court, son cœur lui sembla s’arrêter, avant de tomber, raide comme un piquet. Et puis plus rien. Le silence. Le silence et les flocons de neige frappant son visage rougeaud et ses mains engourdies. En quelques minutes, il fut recouvert d’un duvet blanc et ne ressembla bientôt plus qu’à un gros tas de neige.

 

Fabrice était le meilleur ennemi de Max. Il était délicieusement méchant, n’hésitait jamais à lui mettre une raclée, à lui faire les pires crasses, mais Max ne pouvait s’empêcher de le suivre dans ses délires et l’admirer. Ni les confettis qu’il lui faisait ingurgiter à carnaval jusqu’à presque l’étouffer, ni même les tritons glissés dans son slip ou les vers de terre ingérés n’avaient eu raison de leur relation, somme toute discutable, mais qui quelque part, les soudait d’un lien fort et indéfectible.



Fabrice écarquilla les mirettes et n’en crut pas ses yeux, lorsqu’un immense sapin se pencha au-dessus de lui et sembla l’observer, avant de se redresser en agitant ses branches, ce qui recouvrit le garçon de neige. Plus de bras, plus de jambes, plus que la tête dépassant et crachant quelques volutes de chaleur. Un parfait boudin blanc, perdu dans la nuit et prêt à être croqué tout cru par le premier ogre, car en cet instant, Fabrice fut convaincu d’être victime de magie ou de sorcellerie alors qu’il n’avait jamais cru un seul conte de toute sa vie, pas même à Noël.



Soudain, une immense branche se redressa derrière lui, alors qu’il réussissait à pencher la tête en arrière pour mieux voir, une lueur s’invita dans la nuit. Une ombre humaine dansa à la lueur de la flamme bleutée d’une lampe à pétrole. Un géant. Il s’approcha de Fabrice en émettant des sons qu’il ne comprenait pas. Une langue sortie tout droit d’un conte des frères Grimm.

 

Une heure plus tard, le meilleur ennemi de Max était emmitouflé dans une couverture, calé entre les racines du vieil arbre ayant refermé cet abri sec et douillet. Les yeux ébahis par tant de débrouillardise, il écoutait Max, avec admiration, lui expliquer son don et l’intelligence des arbres. Sa relation avec eux et le bien qu’ils lui prodiguassent. « T’entends pas, ils te parlent, là ? » S’enthousiasma Max. Fabrice prétendit entendre des voix même s’il ne perçut rien de concrètement audible.



Ce Noël-là, Max perdit peut-être un père, mais il gagna un frère, à jamais. Ils passèrent la plus belle nuit qu’ils ne vécurent jamais, partagèrent un cervelas grillé et chaque Noël qui suivirent, ils rejoignaient le vieux sage et fêtaient l’anniversaire de Max, et le Noël des meilleurs ennemis.

 

 


Je suis Max, j’étudie aujourd’hui l’intelligence végétale et je parle toujours aux arbres, je viens d’avoir Fabrice au téléphone pour confirmer notre rituel de Noël se déroulant dorénavant en famille, à l’abri du vieux sage…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28/12/2016
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