T O U S D E S A N G E S

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LE POUVOIR DES FEMMES

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Le pouvoir des femmes

 

Nouvelle

 

 

Didier Leuenberger

 

 

 

 

 

Norbert m’a flanqué dans une pièce avec un lit pour seul décor. La dernière heure du condamné me dis-je. En place de dessert, une belle jeune femme s’introduisit dans la pièce, timide et belle comme la rosée.

Bon sang, je n’avais jamais vu pareille beauté. Norbert n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Il m’a dit de m’amuser, de faire ce dont j’ai envie avec cette créature, de profiter de l’instant présent.

Je l’ai regardée marcher vers moi, les mains croisées et un sourire discret. Elle me salua puis baissa la tête. Je relevai son minois de poupée, les doigts tremblants. Tous ces mois de manque et d'appréhension face au sexe féminin, et voilà que son plus bel émissaire m’était envoyé.

Je sais bien que c’était une fille légère, une abîmée n’attendant que son dû pour retourner au bordel d’où elle avait été extraite pour quelques heures mais elle était ce que tout homme rêve d’avoir. Elle était femme jusqu’au bout des seins, jusqu’à la pointe des orteils, une magnifique et envoûtante donzelle. Une sauvageonne, réveillant le dragon sans avoir à craindre qu’il ne se rendorme.

J’étais tellement heureux de caresser cette peau de pêche que j’en oubliai mon cancer et tout ce qu’il m’infligea.

Norbert voulait me convaincre que j’étais toujours le même homme, en m’offrant ce cadeau surprenant de la part d’un ami. Et en voyage en Ouzbékistan qui plus est… notre rêve d’enfant à tous les deux. Comme un dernier rite de passage.

Elle n’était finalement pas si jeune, j’en fus soulagé, Norbert me connaissait mieux que je ne l’aurais imaginé.

La trentaine, peut-être bien maman de deux ou trois larbins vendus ici et là ou entrainés à la guerre, elle arborait ses formes dans ce grand lit, sans que je ressente ma  soixantaine sonner le glas ou agiter une clochette pour me remettre les pieds sur terre.

J’avais de nouveau trente ans. Je me sentais en pleine forme, juste un peu déçu de lui présenter ce corps meurtri et flasque.

Soyons honnête, cela fait un moment déjà que je fuis les miroirs, que le reflet qui me fait face n’est pas ce qu’il y a de plus ragoûtant. Longtemps que je connais le complexe de la bordure du slip, sans cesse replié par une bouée en devenir et un petit ventre soyeux. Longtemps aussi que je ne fais plus dix kilomètres en douze minutes et m’endors sur le canapé avant la fin du film.

J’aurais voulu être beau pour elle, même si ce genre de fille n’est pas là pour apprécier le Prince du crapaud lors de ces moments monnayés.

J’aurais aimé avoir vingt ans, pour tout apprendre d’une femme comme elle, Ouzbèke ou pas, peu importe, du moment qu’elle soit compréhensible et tolérante. Mariage heureux entre la sérénité et l’expérience, j’ai apprécié ce moment et j’ai été ému plus que de raison ; de renaître ainsi, dans les bras d’une si belle femme avec pour seul témoin une lune tant orangée qu’elle tromperait son monde au détriment du soleil levant.

Lorsqu’elle m’a chevauché, j’ai été soulagé. Ce n’est pas Jeanine, mon ex-femme, qui aurait épousé une seule fois cette position avec moi. Avec elle, tout était classique, pragmatique et ordonné, hygiénique et clinique. Elle se couchait sur le dos, s’entrouvrait machinalement et faisait l’étoile de mer sans la moindre émotion, en attendant mon soupir. Il y avait quelque chose de robotique et de mécanique en Jeanine. Ça me fit débander plus d’une fois je dois bien l’avouer. Tandis qu’avec cette fille, cette parfaite inconnue, cette douce putain, j’avais l’impression de m’enfoncer dans la sphaigne d’une forêt de fougères. De m’envoler dans la pièce, des centaines de papillons batifolant tout autour de nos corps enlacés. Je flottais comme dans un de ces tours d’illusionniste. J’étais au paradis, une douce musique chantant les louanges du plaisir charnel, soufflant des mots doux à mes oreilles. J’étais en train de revivre, de redevenir ce gamin de vingt ans plongeant dans les gros seins de sa bonne Portugaise. J’étais ce môme découvrant la magie d’une caresse, d’un toucher transformant en une inspiration le petit garçon qui est en nous en un reproducteur conquérant. C’était doux, suave et merveilleux. C’était un de ces moments que l’on souhaite éternel. Une étreinte que l’on ne peut jamais plus oublier. Un nid douillet capable de calmer les plus grosses colères et de panser les plaies les plus profondes. Un puissant onguent ouvrant les pores de notre corps tout entier, pour laisser entrer cet amour qui nous dépasse.

 

Oui, j’étais bel et bien en apesanteur, au milieu de cette chambre des mille et une nuits. Le parfum de jasmin enivrant tous mes sens. Je m’accrochais à ses petits seins, prêt à laisser imploser toute la lumière que cet ange sut me léguer. Sa belle figure n’avait pas peur de la vieillesse, son regard vert était empli de bienveillance, j’ai pu le ressentir. Oui, de la bienveillance, un mot simple et rassurant, rare et manquant tant par les temps qui courent.

Le pouvoir des femmes...aïe ! Le pouvoir des femmes... Bon sang !

Sans elles nous ne sommes rien, nous les hommes. Que des enfants jouant à la guerre sans mesurer la portée de la vie...

 

 

 

 

 

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21/05/2017
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