T O U S D E S A N G E S

T O U S    D E S    A N G E S

LES DOUTES

Les Doutes 

 

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Je l'ai tuée, ou presque, s'enticheraient et s'empresseraient de dire certains. Un mois après la parution de mon dernier livre, ma petite mère réussit à nous faire un arrêt cardiaque dans son jardin. Puis deux autres à l'hôpital. Est-ce le hasard à nouveau ? Un concours de circonstances ou le pouvoir des mots est-il si fort, si puissant que rien ne peut l'arrêter. Que tout, il peut surpasser. Que même la vie et surtout la vie, il peut mettre en danger.

Cet événement n'aurait pas autant de sens si elle ne m'avait dit une semaine auparavant en guise d'ultime rébellion : « Tu aurais pu attendre que je sois morte pour publier ton livre ! » Comme un reproche. Le dernier. L'ultime. Et voilà qu'elle s'écroule dans son jardin : son paradis, son poumon, son refuge, sa terre et certainement le dernier endroit où l'on penserait la voir s'affaisser de la sorte.

 

 

Tout se bouscule dans ma tête. J'avais cru entrevoir le bien et le mal, en les personnes d'une mère et d'un père. Cela, c'était parfaitement clair. Singulièrement saisissable. Et ça arrangeait bien le petit bonhomme que j'étais et qui n'avait jamais aucune réponse à ses questions. Que l'incompréhension en guise de clé. Ça lui convenait même plutôt bien. C'était, à la rigueur, bien plus simple que pour les autres bambins.

 

 

Il y avait donc le mal, sous les traits du père, ce monstre se gavant de vie. De nos vies. Détruisant avec délice à coups de mots cinglants ou de coups, simplement. Engloutissant, me semblait-il, tout bonheur, même le plus infime, les moindres éclats. Bouffant, bouffant de la rage et la faisant partager. Piétinant  la chair, son propre sang, comme s'il regrettait d'avoir commis la vie. Une erreur ? Peut-être bien que tout résonna ainsi en lui. Peut-être, et je ne crois pas vraiment m'avancer, en disant qu'il n'était pas fait pour ça. Pour ces petits instants de félicité, ces rires embrasant un bien-être imminent. Il ne leur manqua que peu de temps pour nous laisser croire qu'un jour, ils finiraient par gagner… Mais jamais cela n'arriva et jamais sans doute, cela n'arrivera.

 

Le mal, l'obscur, le trouble, l'insondable, l'inconnu. L'intouchable. Celui par qui l'insulte cingle, la main se lève, la confiance en soi s'effrite comme de la cendre. Jamais le moindre compliment. Le plus petit intérêt… Rien. Rien de rien. Rien d'autre que du mépris ou pire, de l'indifférence.

 

Un fléau, étouffant dans l'œuf tout rêve en devenir de cette machine merveilleuse qu'est l'aspiration au bonheur, à nos envies, nos désirs les plus fous, et capables de nous porter loin, très loin, afin de nous épargner, de nous protéger.

 

Voilà l'image qu'il donnait, qu'il véhiculait sans la moindre ambiguïté, apparemment. Seulement voilà, enfant, l'apparence n'est pas si distinctive qu'on pourrait le croire. Même avec un instinct surdéveloppé. Même avec un septième ou un huitième sens. Parce qu'un enfant a besoin de croire en la vie. Et quelqu'un qui la piétine devant lui n'est pas la solution à ses aspirations justement, aussi, peut-il enjoliver l'image du monstre en un être insipide. C'est déjà mieux, et c'est ce que je fis, à y repenser. Un être sans grand intérêt sinon celui de sauvegarder une image, une image de père. Même fausse. Même déformée, qu'importe… Mais tout n'est pas si simple.

 

Avec le temps, par nos expériences, nos relations, nos amours et nos déboires, on aborde différemment certaines choses, certains aspects de la vie, et les souvenirs peuvent nous apparaître tout autre que ce dont nous avons toujours présumé.

 

J'avais cru percevoir une victime et un bourreau. Un ange et un démon, mais avec les années, cette distinction si flagrante s'effrita quelque peu, faisant place à d'étranges doutes. Des doutes bouleversants et perturbants. Des doutes capables de me faire flancher. De me forcer à aborder la vie tout autrement que comme je l'avais fait jusque-là. Des doutes si dévastateurs, que se relever de cette découverte peut être plus qu'ardu. Car le bien n'est plus aussi distinctif du mal, et vice et versa.

Et nous apparaît la certitude que l'amour a autant de pouvoir que la désaffection. Sinon plus. Il polit, arrondit et noie dans ce qu'on pense être un bien et à juste valeur, sans jamais donner l'impression de posséder, ou du moins, d'emprisonner. Mais il n'en est rien, en vérité.

Son influence et sa présence sont puissantes. Terriblement incisives. Capables des plus grands miracles, et ce n'est pas moi qui le dis. J'ai assisté à l'un de ces miracles. Oui, j'en ai vu un pour ma part. Celui d'une femme croyant si fort en une illusion, que la réalité tomba dans l'ombre, pour ensuite et très vite, complètement se dissiper. Jusqu'à oublier le monde dans lequel elle vit. Jusqu'à oublier ses aspirations, jusqu'à s'oublier elle-même, simplement. Et tout ça avec une capacité à déverser un amour intarissable, apparemment, sur les gens qu'elle aime, et même les autres. Ceux ne pouvant rien donner. Rien offrir, rien apporter. Peu importe…...

Une telle lumière en soi, ne peut qu'éblouir, et attirer jusqu'aux insectes les plus ternes et les plus brutaux. Un monde insoupçonné jusque-là, et que nous ne sommes pas prêts à côtoyer, mais cela ne fait rien, car la lumière, cette lumière nous habitant si généreusement, est elle, capable de nous sauver de tout. Y compris du pire. Du moins, c'est ce qu'on croit. Ce qu'on espère…

 

 

 

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  © Didier Leuenberger - Tous droits réservés.       

 

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11/10/2009
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