T O U S D E S A N G E S

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Marcel le chat

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Chère Lolita,

                        C'est de ma patte la plus sincère que je vous envoie ces quelques mots qui je l'espère, vous interpelleront.

Il faut dire qu'il en a fallu pour que j'en arrive à ce stade, mais bon… là, c'en est vraiment trop.

 

Au lieu de se chercher une jolie p'tite choupinette et de se la couler douce, figurez-vous que mon maître n'a rien trouvé de mieux que de me ramener un bébé. Un bébé chat qui plus est. Ce n'est pas que je sois à ce point égoïste, mais il y a des limites. Il faut le voir démonter la baraque, surfer sur le parquet, hacher menu toute plante passant au raz de ses moustaches. Ah ! Je vous le dis moi, je ne l'ai pas senti d'entrée cette histoire…

Il eut beau me dire de regarder comme il était mignon, moi, j'en connais un rayon question félins, et ce n'est pas ce minuscule perçant de caqueur qui va me laisser croire qu'il en va autrement.

 

C'est qu'il fait tout pour me donner raison et se faire remarquer le p'tit… Et vas-y que j'me lance du haut des escaliers pour atterrir sur le costume de monsieur, vas-y que je pose la plus monumentale crotte de tous les temps dans son lit, que je l'étale partout, comme si ça suffisait pas. J'ai eu droit pour l'occase, à une remontrance, on souligne au passage mon incapacité à lui inculquer les bonnes manières.

Vas-y que je déchiquette ses plus beaux caleçons, que je m'impose partout, que j'essaie de faire tout ce que le gros (c'est moi) fait, et que j'y arrive souvent qu'à moitié, ce qui me retombe dessus bien sûr. Que je bouffe comme trois chats de gouttière errants, que je pique tous les jouets du vieux (c'est encore moi), que je le nargue en permanence, étant donné que dès qu'il lève la patte sur moi, on crie à l'injustice ; que je lui bouffe toutes ses croquettes, que je l'attaque toujours par derrière, que je l'empêche de dormir en tirant la batterie de cuisine entière hors du buffet, mais ça, on ne dit rien bien entendu. C'est tout juste, si ce n'est pas moi qui lui ai ouvert la porte de l'armoire….

Que je m'octroie la quasi-totalité des câlins qui m'étaient prodigués, que je ronronne bien plus fort que l'autre (à nouveau moi), que je lance à la gueule du moche (eh oui, moi toujours) ma jeunesse insolente et pleine de maladresse qu'on excuse chaque fois ; que je me tartine des compliments et que je me roule dans les louanges… Bref ! Vous l'aurez compris, chère Lolita, je vis le calvaire en ce moment et je n'en suis qu'à la deuxième semaine.

 

Ah ! Il est loin le temps où Sophie savait me consoler de sa douceur câline. Elle, elle m'aimait comme j'étais, elle m'appréciait pour mes qualités, elle prenait soin de mes moustaches sans se soucier de ce qu'auraient pu dire les gens. Me soulevait délicatement. Soulevait ma vieille carcasse de gros chat. Elle m'aimait…

 

Comme elle sentait bon, Sophie. Comme je ronronnais bien sûr ses genoux. Comme la maison respirait la joie…

 

Mais en lieu et place de chaleur humaine, mon maître a préféré cette… boule de malheur, qui j'en suis, certain, nous rendra la vie impossible à bien des égards.

 

Pourquoi donc, sacré nom d'un chien, n'a-t-il pas ramené une jolie donzelle ? Je l'aurais regarder papillonner des paupières, se mettre un peu de rouge sur les lèvres, enfiler ses bas, se poudrer le nez et se parfumer, préparer de bons petits plats. Je l'aurais même aidé…

 

Est-ce que les pilules que mon maître ingurgite chaque matin ont quelque chose à voir avec ce que je vous raconte, ou toutes ces années passées aux côtés de ce vieux compère d'être humain, ne m'ont-elles rien appris d'autre que d'apparaître devant le sac de croquettes qu'il secoue dans la cuisine ?

 

Je crois que mon maître est malheureux. Si je le pouvais, je lui ferais la cuisine, me passerais un peu de fards sur les joues, me parfumerais pour lui donner un peu de bonheur, car il était heureux, avant que…

 

 

Mais non, je me tape ce ras-terre et ses soit dites expériences de la vie alors que les mêmes expériences m'auraient valu une réprobation.

 

Mais là où le bas blesse le plus, Lolita, c'est qu'il ne me regarde presque plus. A peine un coup d'œil en partant, mais il est immédiatement sollicité par le nouveau, faisant tinter une petite clochette accrochée à la queue d'une fausse souris.  À lui, il lui fait un sourire. À moi, il me dit de garder la maison et de prendre soin du petit.

 

Croyez-vous que cette lettre pourra m'aider à trouver une Sophie pour mon maître ? Si oui, merci de m'aider.

                                                                                 

 

 

 

            Bien à vous

                                                                                                                       Marcel le chat

 

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Texte retenu et lu à la Radio Suisse Romande

 dans l'émission "Drôles d'histoires" par Lolita

 

 

 

 

 

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06/07/2008
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