T O U S D E S A N G E S

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NOUVELLE PUBLICATION

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Découvrez ma nouvelle publication vendue exclusivement ici :  Le poids des gènes.

 

Où lorsque notre physique, nos tics et nos tocs, notre démarche, notre voix et nos sauts d'humeur nous rappellent à chaque instant qu'on est le fils d'un monstre. Il peut arriver que l'on tente tout pour se départir de nos gènes et essayons par n'importes quels moyens, même les plus discutables, de s’éloigner au plus loin de notre géniteur. Jusqu'à frapper à la porte de gourous de l'âme et de chirurgiens tous plus avides de leur bien-être que du vôtre !

 

C'est le pari fou que tente de faire tout au long de sa vie Richard, et il y arrive presque.... mais peut-on échapper  cette implacable logique de loi du sang ?

 

Si ce texte se présente sous des airs humoristiques, il est intéressant de creuser un peu plus en avant. Ce qu'on risque d'y découvrir n'est peut-être pas si drôle qu'il y paraît....

 

 

Extrait :

 

La guerre aux Gènes

 

 

 

 

 

Richard avait plutôt bien réussi ce qu’il pensait être le plus important à ses yeux. Il avait tout entrepris pour ne pas devenir et ressembler à ce qui lui servit de père dans sa vague enfance.

Il n’ignorait pas qu’il lui faudrait se battre contre des moulins à vent et que ce combat déloyal demanderait plus que de la pugnacité.

Et il lui en fallut du courage et des astuces pour démissionner de ses gènes, car ce n’est pas une mince affaire que de fuir cette hérédité encombrante.

 

 

 

 

Il se mutila même à une certaine époque, l’insouciance de l’enfance aidant à ne pas trop alarmer l’entourage. Les quelques pneus l’enrobant généreusement tout autour de sa taille avaient été pris pour responsables et uniques coupables.

 

 

 

 

 

Mais se peut-il que des parents, même les plus pitoyables, les plus maladroits, les plus incompétents soient-ils, puissent douter une seule seconde de l’impact des complexes sur un enfant ?

 

 

 

 

 

Richard, lui, n’avait aucun doute sur leur manque de lucidité et leur façon de fermer les yeux sur un problème qui, de toute façon, n’en était pas un, puisque Richard était étrange, insipide même, le plus souvent. Mais surtout, il n’était aimé de personne à l’école.

 

 

 

 

 

Cancre surdoué dans sa discipline, il est vrai qu’il fit tout pour attirer les foudres et les remontrances les plus dégradantes qu’aucun enfant n’ait jamais sans doute entendues de toute sa scolarité. Mais qu’à cela ne tienne, car le vrai problème, celui sur lequel Richard se cassait la figure chaque matin au réveil devant la glace lorsqu’il se lavait les dents, ce n’était pas les bourrelets qui l’ornaient si bien, non, ni ce double ou ce triple menton en devenir et lui valant les diatribes les plus mortifiantes de la part de ses congénères, non.

Ce qui donnait le plus de soucis à Richard, c’était ces traits se dirigeant dangereusement et assurément vers un physique qu’il ne connaissait que trop bien et auquel il n’avait pas vraiment envie de s’apparenter, des lignes pour le moins contestables en ses chairs et ne demandant qu’à exister.

 

 

 

 

Confronté à une querelle intérieure lui semblant éternelle et sans dénouement, Richard était déchiré entre le fait d’être enfin libéré de ses gènes et celui d’abîmer son corps, car cette besogne n’allait pas se faire sans casse, sans une transformation nécessaire mais oh combien douloureuse.

 

 

 

 

Il avait entamé depuis toujours, lui semblait-il, cette guerre des gènes qu’il se jura de gagner, quitte à s’entailler les chairs lui-même, à s’esquinter tant et si bien qu’il en serait méconnaissable, tellement la haine vouée à cet être indigne de porter le nom et le rôle de père le répugnait.

 

 

 

 

Une répulsion sans bornes, sans limites, une abomination à laquelle il s’en voulait d’y être mêlé malgré lui.

Mais aimant la vie et lui faisant confiance, et étant conscient de ce qui se tramait dans ses cellules, il comprit et assimila très vite les moyens de se soustraire de cette logique accablante à laquelle il était condamné. La bouffe en fut un dès son plus jeune âge, et plus on disait en le voyant : « Oh ! Mais comme il ressemble à son papa ce petit ! » et plus il tapait dans le pot de confiture et les sucres rapides en tous genres.

Un tiroir à saucisses à lui seul, une panse itinérante, un aspirateur à sucre, une chenille insatiable et j’en passe et des meilleurs.

 

 

 

 

La guerre était déclarée et n’était pas prête de se terminer. La guerre au reflet. La guerre aux gènes. La guerre à l’âme, car il ne s’agissait pas seulement de démolir à la truelle ce faciès et ces membres de futur adulte, mais bien de gratouiller jusque dans les plus profondes entrailles de l’âme tout ce qui pourrait ressembler et s’apparenter de près comme de loin à ce pater familias qu’il détestait et haïrait toute sa vie, à n’en pas douter.

 

 

 

 

 

 

Première Bataille

 

 

 

 

 

L’adolescence n’aida pas ses affaires, et ce, même en s’acquittant presque chaque jour de trois pâtisseries ingurgitées avant le repas et la livre de pain accompagnant les mets.

Son corps se rebella et engagea la plus déloyale des batailles, en répartissant judicieusement et parcimonieusement ce surplus de poids, ces poignées d’amour, ces bourrelets si laids, dans chaque recoin de son corps ne demandant que de la matière à la construction musculaire, à la robustesse de la charpente. De la matière, oui.

 

 

 

 

 

Richard n’en fut pas spécialement préoccupé, imaginant tout ce saindoux assez flasque pour ne pas adhérer à cet épiderme jeune se tendant comme une corde de « Stradivarius » prête à être chatouillée par le plus habile des archets.

Mais c’était sans compter sur la force de la nature, sur la puissance des génomes, façonnant sans coup férir ce corps difforme, transformant toute cette masse adipeuse en un amas de muscles, et ce, sans même le plus petit effort.

« Mince alors, songea-t-il, en se mordant les lèvres, comment se fait-il que toute cette malbouffe ne fasse pas son boulot ? »

 

 

 

 

 

Comment se pouvait-il qu’elle soit assimilée et transformée si bien à son avantage, à la faveur de ce corps lui paraissant de plus en plus monstrueux, de cette anatomie soulevant la curiosité, attisant ce soudain regain d’intérêt et le narguant à chaque fois que son regard croisait son reflet dans le miroir ? Et enfin, ragea-t-il, impuissant, pourquoi ce cher papa hérita de traits si parfaits ? Une morphologie tellement bien proportionnée, si parfaitement dessinée qu’elle ne pouvait que se transmettre, qu’aller de l’avant, comme un virus, une tumeur contre laquelle semble-t-il, aucun remède ne sera jamais trouvé.

 

 

 

 

 

Vaincu

 

 

 

 

 

 

Lorsqu’il cessa de grandir, Richard s’avoua presque vaincu. Une éruption d’acné déroutante, pour ne pas dire monstrueuse, l’assaillit sans pitié. Elle allait lui apporter un sursis et le rassurer, du moins pour quelque temps.

 

 

 

 

 

Si ressembler à Éléphant man lui importait peu, et ce, malgré les regards pesants se posant sur lui dans la rue, en revanche, ses muscles, ses bras, ses jambes, et même son sexe l’incommodaient au plus haut point. Sans relâche, ils lui renvoyaient l’image qu’il aurait tant voulu pouvoir faire disparaître en quelques volutes de fumée. Mais la magie, ici, n’était pas une option.

 

 

 

 

L’acné ne lui donnait qu’un répit, il le savait. Et alors que la plupart de ses camarades boutonneux s’évertuaient à dissimuler par moult procédés ces bourgeons si peu reluisants, lui invitait les bubons et comédons de tous azimuts à venir le souiller de leur plus bel effet, jusqu’à creuser la chair, en faire des cratères et le défigurer. Défigurer ce visage redevenu ovale et mince, pour l’occasion.

 

 

 

 

«Bon Dieu de merde, jamais je ne m’en débarrasserai ! » jura-t-il souvent en son for intérieur, et en grattant jusqu’au sang le plus petit appendice se démarquant de cette peau affichant un éclat et une santé à laquelle il ne voulait pas même faire allusion.

Mais les Dieux, quels qu’ils soient, ne répondirent jamais à ses attentes, d’où son agnosticisme et son admiration pour tout ce qui a trait à l’incrédulité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chenille se mua en un parfait Papillon

 

 

 

À peine deux ans, deux petites années de répit, et voilà qu’une peau lustrée, vierge de toutes traces de combat, se dévoilait dans la glace.

Un visage parfait, presque beau, presque abouti. Il était devenu un homme. Mais bon sang de bon sang, toujours cette ressemblance les confondant. Cela sautait aux yeux.

Même leur démarche était la même, surtout leur démarche... Il lui sembla ne voir plus que ça, à une certaine époque. Et il lui en fallut des efforts et des mois de labeur pour maîtriser la technique afin d’afficher une autre allure.

 

 

 

 

 

Il singea le crabe, puis la panthère, le rhinocéros, le cochon laineux, et même le dindon, avant de trouver le pas le plus naturel possible. Mais ce n’était pas chose aisée. Ce fut même, sans doute, la chose la plus difficile à redresser chez lui jusque-là. Car plus qu’un aspect, plus qu’une image, la démarche est incrustée dans les gènes sans qu’on ne sache vraiment comment ni pourquoi. Elle est si fiable et respectueuse d’une anatomie cartésienne, somme toute légitime, que rien ne semble pouvoir venir la déloger de son assise.

 

 

 

 

 

Mais Richard ne perdit jamais espoir, car si les maîtres flanqués de leur chien pouvaient se ressembler à force, sans qu’il n’y ait la plus petite parenté chromosomique entre eux, cela devait bien être possible dans l’autre sens, même si ça paraissait quelque peu plus ardu, pour ne pas dire laborieux.

 

 

 

 

« Ah ! Putain de merde ! » ne pouvait-il s’empêcher de lâcher répétitivement à chaque fois qu’il échouait ou régressait dans sa quête, en frappant du poing les murs les plus solides.

 

 

 

 

Mais même cela ne touchait guère ce corps si bien conçu. Ça n’entaillait pas même la peau, rien. Pas une écorchure, pas une égratignure ou à peine, pas même une petite goutte de sang, rien de rien.

 

 

 

 

La chenille se mua en un parfait et éblouissant papillon, attirant, comme l’ampoule du soir éclairant les quidams, toute une smala de coléoptères, tous sexes confondus, ne demandant qu’à trouver un peu de réconfort en cette lumière en laquelle ils croyaient aveuglément.

 

 

 

 

« Quels cafards ! songea Richard, à bien des reprises. Se peut-il que ce soit ce corps qui me dicte ma vie ? Que ce soit lui qui, par ce qu’il dégage, par ce qu’il attire, fera de mon existence ce que je n’aspire pas à devenir? Merde alors! Je refuse d’être mené à la baguette par quelque chose d’aussi futile », se reprit-il, un soir où il venait d’assouvir une pulsion. Il renversa celle qui se reput de sa générosité toute spécifique, pour la jeter séance tenante et sans le moindre ménagement ni le plus petit mot.

Il n’allait tout de même pas se laisser faire aussi aisément. Qui plus est, il sut et savait très clairement que la guerre serait permanente et de tous les instants, même ceux auxquels on ne penserait pas. Des moments emplis de tendresse et ressemblant à de l’amour, pouvant paraître cruciaux à la survie d’un homme.

 

 

 

 

Mais de là à s’avouer vaincu, par le battement frénétique de ses sublimes ailes auxquelles tant de proies, d’aveugles et d’innocentes victimes se laissaient prendre au piège, ça, c’était vraiment mal le connaître, c’était s’adjuger un peu vite une victoire indiscutable, au vu de ce que l’on apercevait en le regardant, mais n’étant jamais qu’éphémère, la beauté passant et laissant place aux rides des jours heureux ou un peu moins fortunés.

Richard n’allait pourtant pas attendre de voir pointer la plus insignifiante ridule pour réagir. On venait de sortir un outil formidable, une arme sans doute très efficace en matière de transformation physique, et jusque-là, plutôt réservée à des professionnels aguerris ou aux sportifs confirmés : le bodybuilding.

 

 

 

 

 

 

Le Poids des gènes

Didier Leuenberger

 

167162

 

Reliures : Dos carré collé

Formats : 14,8x21 cm

Pages : 173

Impression : Noir et blanc

 

À commander ici : Le poids des gènes

 

 

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08/06/2017
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