T O U S D E S A N G E S

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Question d’éthique et ... d'esthétique.

Question d’éthique et ... d'esthétique. 

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Vous n’y aurez pas échappé, Nabilla a sorti son livre sur elle-même au printemps et notamment sa toute fraîche expérience de détenue et son traumatisme dans les douches de sa geôle.

 

Comment ? Vous n’étiez pas au courant ? Alors je vais vous mettre au parfum, histoire de ne pas mourir idiot. Mais je vais surtout soulever ici une incohérence de choix. Une question éthique à souhait que nous ferions bien de tous nous poser en ces temps où l’image est plus forte que tout ; que les dictats de la beauté font de plus en plus de ravages et que la compétition entre tous, devient le seul créneau dans notre belle société avec le rendement comme seul leitmotiv et toile de fond. Laissant sur le bord de la route cette magnifique idée d’échange.

Tandis que certains sites prônent le respect de chacun et tente de créer des échanges entre écrivaillons chevronnés ou non et lecteurs, de belles et grandes maisons d’éditions s’octroient le monopole du bon goût et de la classe, comme s’il n’y avait qu’elles, garantes de qualité mais surtout de notoriété littéraire…

Comme l’explique si bien sur BOOKELIS Jean-Yves Normant, Fondateur de cette même maison, nombre de gens et d’éditeurs, of course, estiment que devenir ou être écrivain ne peux passer que par la case éditeur. Et éditeur célèbre, cela va s’en dire… Il y a, comme il le dit sur son site, cette recherche paternaliste de l’éditeur reconnaissant et par qui l’auteur se muera en un magnifique papillon écrivain.

Mais est-ce encore le cas aujourd’hui ? Et pourquoi certains éditeurs non moins célèbres s’acharnent-ils sur l’autoédition avec une telle hargne ? Se sentiraient-ils en danger ? Menacés ? Il est vrai que la qualité de leurs ouvrages s’effiloche quelque peu ces dernières années, en ramassant dans leurs filets, toutes ces stars ou pseudo stars étalant leur malheur ou leur recette de bien-être à qui veut bien le lire. Alors oui, peut-être bien qu’avant tout leur hargne est le jus d’une angoisse et d’une peur primaire, dont ils n’ont plus guère le contrôle. Car les personnes autoéditées sont de plus en plus nombreuses, et de plus en plus talentueuses, des sites comme mBS, BOOKELIS, Edilivre, mais pas que, proposant des services professionnels afin de pallier aux petits manquements que leur manuscrit pourrait contenir. Et lorsque je découvre certains livres ou nouvelles sur certaines de ces plateformes, je me dis qu’une enseigne, même la plus prestigieuse, n’est pas gage de qualité. Et sans doute est-ce en cela que ces grands manitous des mots sont le plus mal à l’aise avec l’autoédition, car ils ne sont plus les référents d’une qualité irréprochable, mais pour certains, de piètres artisans exploitant le malheur ou l’expérience des uns et des autres dans le seul but de faire du profit. Au moins sur certains sites, il n’y a pas ce problème, et sans doute est-ce pour cela avant tout que j’aime y sévir.

 

Je savais que nous vivions dans un monde plein d’incohérences, mais je ne pensais pas forcément me heurter à celle-ci aussi facilement. En effet, en tant qu’auteur de l’ombre et tout en herbe, je ne pouvais pas manquer de vous faire part de cette étrange et non moins incroyable sortie de livre. Genre, qui entre parenthèse, prend de plus en plus d’ampleur dans les rayons de nos librairies, assurant aux éditeurs, du pognon facilement gagné, et n’en déplaise au bien-pensant et leur exigence toute littéraire.

 

A l’heure ou certains éditeurs fustigent l’autoédition et nous râpent dessus à la moindre virgule auto-publiée sur un site quelconque, sous prétexte qu’ils ont le monopole du verbe, et tous les privilèges ; qu’ils accusent ces mêmes auteurs de démanteler l’édition et de détruire le patrimoine national, n’empêche que lorsqu’on veut donner des leçons, encore faut-il être irréprochable et cohérent dans ses propos comme dans ses actes. Car à aucun moment l’on ne parle de qualité ou d’éthique, que bien des besogneux de l’ombre, se voient implantées en eux ; bien plus que tous ces soit-dits gardiens des lettres.

 

Rendement oblige, il ne leur fait point peur de s’attaquer à du lourd. Dernière en date, les déboires de Nabilla dévoilés dans un livre qui est sorti chez Robert Laffont au printemps. Pas de lettre type en retour pour cette gentille fille, pas besoin de suer ni de ramer, puisque quelqu’un couche les mots sur le papier pour elle, ou plutôt sur l’écran au fur et à mesure qu’elle s’épanche sur ses balafres de Pom Pom Girl du PAF.

 

Là, soudainement, les grandes phrases à l’encontre de ces cafards (les auto-publiés) osant user de leur plume et se faire nommer d’auteur, se veulent avoir un tout autre sens. L’éthique en reprenant un sérieux coup, et son sens, quelque peu discutable en publiant ce genre de récit qui de surcroit, ne vise pas la littérature, pas même celle de gare. Mais est-ce le plus important au jour d’aujourd’hui ? Est-ce le critère principal pour être publié ?

 

Un bien triste constat, nous faisant quelque peu baisser les bras et crier notre désarroi. Nous, qui avons envoyés de nombreux manuscrits et reçu tant de mépris en retour. D’arrogance et d’indifférence, qu’il nous est très difficile de suivre une logique somme toute, assez claire et transparente. Mais parle-t-on, les éditeurs qui nous renvoyez à nos crayons de couleurs, et nous-même de la même chose ? Y a-t-il encore des codes à respecter que ces grands ducs et duchesses de l’édition auraient omis de mettre dans leur cahier des charges ?

 

Le monde va-t-il si mal que çà, que l’on se raccroche au destin tragique d’une poupée à la plastique plus qu’enviée, pur produit de la télé-réalité prête à tout pour faire le buzz ?

 

On peut s’interroger, retourner cette décision de Robert Laffont sous tous les angles, et toujours s’insurger contre cette injustice. Mais à leur décharge, ils ne sont pas les seuls à s’employer aussi énergiquement dans ce nouveau mode de publication. Et ce genre de business car s’en est un, va bien au-delà de l’édition.

 

Alors, jaloux me direz-vous ? Pas vraiment. Quoi que… Allez, soyons franc, voir un étendard tel que cette maison d’édition publier une show girl de cet acabit, ne serait pas difficile à avaler si l’on ne nous fustigeait pas à tout va, dès que l’on lance un bébé sur la toile. Une œuvre pour les plus doués, une pièce de choix pour les plus combatifs, et des heures de labeur pour la plupart d’entre nous. De quoi rager, en effet, mais restons zen et ne crachons pas notre venin, nous y perdrions notre latin. Oh ! Pardon, nos mots.

 

Et avant de crier au sacrilège, et pointer du doigt tous ces êtres sensibles, imprégnés d’une pugnacité à toute épreuve, mesdames et messieurs de l’édition, peut-être devriez-vous réviser vos classiques, et soulever de temps à autre l’un de ces manuscrits posés sur votre bureau et finissant le plus souvent dans votre poubelle. Sans-doute serez-vous surpris d’y découvrir quelques perles, pour ne pas dire quelques diamants, dont vous ne soupçonniez l’étendu.  Et sans doute est-ce avant tout pour cette raison que vous vous acharnez sur l’autoédition, qui, si elle n’est pas garante de qualité à tous les coups, je vous l’accorde, n’a pas à rougir face à ce genre de livre publié. Peut-être est-ce avant tout pour cette raison, qu’ils nous en veulent tant et tant ; que certains s’évertuent à détruire systématiquement pour s’assurer la souveraineté de ce royaume gangrené par un profit de plus en plus gourmand que des actionnaires surveillent de très près et au détriment de la qualité.

 

L’ingrat ! diront certains en lisant cette note. Car il ne faut pas oublier que c’est grâce à ces mêmes stars éphémères et peut-être discutables et les autres, que les maisons survivent en un temps où la concurrence fait rage. Et qu’avec ces succès si contestés dans ces propos, cela donne la possibilité de publier de nouveaux talents se défendront les intéressés… Oui, sauf que cette possibilité-là s’étiole comme peau de chagrin, le rendement étant plus important que tout et ce genre de livre, ne servant qu’à satisfaire des actionnaires aux dents longues. C’est un peu comme le CICE pour baisser le coût du travail et réduire la fiscalité des entreprises, ça n’a profité qu’aux grandes entreprises et en tous les cas pas permis de créer de nouveaux emplois, bien au contraire…

 

Mais qui suis-je pour m’avancer ainsi ? Un auteur à qui s’est monté à la tête ? Ayant choppé le melon ?

Pas vraiment, et ma modestie va en reprendre un coup. Pour ma part, et je pense que ça en intéressera quelques-uns, j’ai eu la chance d’être publié plusieurs fois dans des petites maisons dans trois pays différents, dont un contrat dans une très prestigieuse maison que je ne nommerai pas ici, et que je me suis permis de casser. Un scandale à l’époque et cela m’a valu une lettre bien personnelle du PDG de la maison en question, me fustigeant de mon audace et de mon culot, comme s’il m’avait fait la plus grande faveur de tous les temps. Qu’un campagnard des Préalpes et Suisse qui plus est, se permette de casser un tel contrat était tout simplement scandaleux. Mais, et j’en ai fini avec moi ici, ce fut à nouveau une question d’éthique. M’ayant privé d’un rêve peut-être, mais que je ne regrette absolument pas. L’éditeur avec qui je devais travailler ne m’était tout simplement pas crédible, usant de toutes sortes de provocations pour faire parler de lui et ne se souciant guère de l’image qu’il véhiculait lorsqu’il passait à la télévision. Faire partie de près comme de très loin à un de ses projets me fut tout simplement impossible, et je ne fus pas longtemps tiraillé entre l’opportunité de faire partie de cette maison ou être en accord avec moi-même. C’est là que ma modestie en reprend un sale coup. J’optai pour la sérénité et la paix intérieure, et je reste encore surpris aujourd’hui combien l’éthique, et même à cette époque (2000) avait peu d’importance. Si cela n’entama en rien la flamme littéraire crépitant en moi et l’inspiration, cela conforta la certitude, que ce qui est vraiment important pour un auteur, ce n’est pas le succès ou le prestige (la gloriole comme diraient certains), mais bien la rencontre avec les lecteurs, aussi peu ou nombreux soient-ils. Et en cela, mBS comme d’autres plateformes offrent une merveilleuse opportunité d’échanger, de lire et d’être lu, ce qui n’est pas forcément le cas lorsqu’on se voit publié, et même si l’on a la chance d’être édité dans l’une des plus prestigieuses maisons d’éditions…



25/11/2016
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