T O U S D E S A N G E S

T O U S    D E S    A N G E S

Réagir

 

Réagir

 

 

 

Il me faut réagir. Il me faut tout tenter si je ne veux devenir celui auquel je pense. Alors, je m’inscris à une école de théâtre pour apprendre les préceptes de cet art et de la mise en scène. Je navigue au sein d’une troupe en me perdant dans un monde nouveau. Plein de vie et surtout, nous mettant en danger à chaque nouvel exercice. Un petit entraînement banal, ne paraissant pas grand-chose a priori, mais nous dévoilant une part de nous-même si l’on sait la voir, qui peut se permettre de nous ébranler. De nous troubler.

J’excelle dans la mise en scène et l’écriture de petites pièces que je relate en quelques minutes. Je vis mes rôles entièrement et sans me soucier des retombées. Après tout, ceci n’est-il pas qu’un jeu ? Oui, un jeu, mais un jeu sans limites, si l’on ne sait pas s’arrêter à temps. Je m’en rends compte en côtoyant de plus en plus ce milieu. Ausculte les bêtes se mouvant devant moi, un intérêt tout particulier aux profs, des comédiens professionnels pour la plupart. Je ne les voyais pas si tourmentés, je comprends pourquoi. Je comprends plein de choses et surtout, j’apprends à devenir humain. Humain comme je l’entends.

 

Je suis un morceau de terre glaise brute posée sur un établi de travail et dont j’attends qu’on me malaxe, me tripote, me construise puis qu’on me démolisse pour mieux me reconstruire. Je veux sentir la douleur, sentir le bonheur, je veux apprendre à toucher, à toucher vraiment et pas superficiellement.

Je veux toucher des peaux, je veux étreindre des corps, sentir leur chaleur, voilà ce que je veux devenir. Une statue pleine. Riche et n’ayant plus peur d’attraper par le bras les gens que j’aime, pour leur donner un soupçon de tendresse. Pour leur montrer combien j’ai d’affection pour eux.

 

Ce n’est pas facile, la tâche est rude, mais les leçons allant de l’avant et les mois défilant, je me rends compte que cet apprentissage porte ses fruits et que ces petits gestes, ceux que  j’avais si peur de laisser s’épanouir, me viennent de plus en plus naturellement. Ne sont pas si en désaccord avec ce que j’imaginais être ma logique. Bien au contraire.

 

Alors, je tente d’oublier. Où plutôt, d’ignorer ces difficultés qui, je l’espère, feront bientôt partie du passé. Mais je ne peux m’empêcher d’avoir encore des doutes sur ma volonté et ma capacité à aimer. Ais-je seulement aimé ?

 

Oui, bien sûr que j’ai aimé. Un appel de l’autre côté du pays me le prouve au moment où je suis le plus incrédule face à ce dilemme. Toujours le même…

 

Ma voix rassure, apaise, éveille les sens. À l’autre bout du fil, on m’écoute. Enfin. On m’écoute mieux. Mais peut-être que tout ce temps nous ayant séparés n’a pas été vain. Peut-être que malgré mes doutes, je me suis amélioré. En tout cas, c’est ce que je ressens en l’écoutant me complimenter. Nous nous manquons, nous nous aimons et nous aimerons toujours.

 

Je me sens incapable de détester ou mépriser quelqu’un que j’ai tant apprécié. Deux êtres intelligents ne peuvent se quitter dans le déchirement, ils doivent savoir gérer et se revoir, avec même un certain délice. Ce qui est exactement ce que je ressens. Ce que nous éprouvons en nos fors intérieurs l’un pour l’autre. Nous décidons de nous revoir.



19/12/2012
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