T O U S D E S A N G E S

T O U S    D E S    A N G E S

Reflet

Reflet 

 

 

 

 

 

Je n’ai pas vingt ans lorsque l’amour déboule au coin d’une rue. Juste en face de moi, alors que j’attends pour retirer de l’argent au Bancomat. Je viens d’arriver à Genève, et suis de retour d’Irlande où j’y ai vécu quelques temps pour apprendre la langue. Certains m’ont dis fou pour oser partir ainsi sans un traitre mot de la langue de Shakespeare. D’autres ont trouvé cela audacieux. Et d’autres encore courageux.

 

 

 

Oh bien sûr, quelques émules m’effleurèrent durant mon séjour ; quelques belles fleurs naquirent sans pour autant ne jamais vraiment éclore. Comme si je me préservais. Comme si j’attendais la bonne personne. Comme si je n’étais tout simplement pas prêt. Pas sûr de moi. De mes traits.

 

 

Pendant mes études, ce corps me semblait trop frêle et trop solide en même temps. Trop grand. J’aurais aimé pouvoir le plier et le caser dans une boîte afin de le cacher des regards.

Ce corps, cette présence ne laissant pas indifférent. Attisant les désirs et les demandes. Attirant les mains avides de toucher, les lèvres fiévreuses de léguer des baisers.

Ce corps paré du plus bel âge. Auquel on vouerait tous les Saints. Ce corps habité d’innocence et d’une insouciance le rendant encore plus beau. Plus vulnérable. Plus désirable. Plus pur.

Ce corps qui me semble être malade lorsque je l’écoute de l’intérieur. Un corps pas encore tout à fait fini. Pas encore homme, pourtant réceptif et ce, depuis bien des années déjà, aux pulsions que lègue le  pouvoir de la semence. Un pouvoir nous semblant énorme tant les sensations qu’il procure sont déroutantes. Un pouvoir nous rendant bien sûr de nous, pour ce qui est d’arriver à nos fins. Pour ce qui est des gestes à avoir… Des gestes instinctifs que nous n’avons pas besoin d’apprendre, pas besoin de singer mais qu enous n’osons tentreprendre, adolescent.

La magie de la vie s’écoulant dans nos veines et demandant son dû ? Sans doute. La nature humaine, la vie, serais-je plutôt tenté de dire. La nature, simplement.

 

Mais cela n’empêche pas le mal-être. Ce sexe ne peut à lui seul le libérer de ce malaise le hantant. Une affection contractée au fil des ans et m’empêchant de voir mes formes telles qu’elles sont vraiment. Distordant la réalité. Et je n’ai pas le plus petit opinion sur ces membres que je ne sais pas où mettre le plus souvent. Je suis sans avis. Comme vidé de toute présomption à l’égard de mes traits. Pire, comme si je n’existais pas vraiment. Comme si ces bras, ces cuisses, ces mains ne m’appartenaient pas.  Comme si j’étais invisible pour moi et la plupart des communs des mortels, mais je sais où il me faut aller chercher les raisons. Tout au fond de moi, je n’ignore pas les dégâts, mais je n’en fais pas une catastrophe majeure. Je sais que j’ai le temps pour moi. Je lui fais confiance. Confiance au destin et aux personnes qu’il va me mettre sur mon chemin afin de me rendre apparent à moi-même. Afin d’exister, enfin… Cela prendra du temps, cela prendra peut-être toute une vie si j’ai de la chance, mais un jour, je verrai ce reflet dans les yeux de quelqu’un et je l’apprécierai. Je le trouverai même sympathique.

 

Mais revenons à ce jour où je fus foudroyé. Ce jour que je ne pourrai jamais oublier. Et ne confondons pas amour et désir. Belle histoire et prémices d’une puberté avide de chairs et d’odeurs.

 

J’ai toutes les peines du monde à me concentrer à faire mon code bancaire tant mes yeux sont attirés par la vitrine, juste à côté. Une vitrine somme toute banale, s’il n’y avait cet être possédé par l’amour allant nous unir, assurément. Pourquoi en suis-je si sûr ? Aussi certain que la pointure de mes souliers, que la couleur de mes yeux, que mon appétit pour la vie. Un dernier regard en prenant mes billets de vingt francs et je disparais sans même oser m’approcher de la porte d’entrée du magasin. Sans même avoir l’audace de penser frôler ce fruit défendu, mais pas tant que ça, car tout résonne en accord avec mes sens. Je sais que j’y goûterai bientôt. Et j’en suis heureux. Alors, je marche dans la rue d’un pas enjoué, toujours plus souverain et je deviens philosophe en me disant que si c’est avec cette personne-là que ça doit arriver, alors je dois faire confiance au destin.



21/06/2011
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