T O U S D E S A N G E S

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Sincèrement-vôtre Les Sincères

Sincèrement-vôtre

Les Sincères

 

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Les gens sincères, je veux dire…. vraiment sincères, sont devenues d’une rareté déconcertante. Et qui plus est, les autres, ceux, l’étant un peu moins ou pas du tout, ont-ils vraiment envie que ces francs et loyaux disciples leur déblatèrent toutes ces vérités ?

 

Je n’en suis pas certain. Mais être sincère, c’est quoi au juste ? Et qui sont-ils, ces gens qui se disent ou se voient sincères. Transparents comme de l’eau de roche, disent les uns ; de beaux emmerdeurs, affirment les autres.



S’il est vrai que la sincérité peut en agacer plus d’un, c’est avant tout, parce qu’ils ne se sentent pas capables de l’être. Mais tout n’est pas si simple ! Pour ces derniers, il semble que les sincères soient investis d’une mission et qu’ils leur donnent une leçon, à chaque fois qu’ils ouvrent la bouche. À chaque fois qu’ils commettent un acte de loyauté, car les gens sincères ont cette qualité et elle n’est pas des moindres.



Mais peut-on être sincère sans trop en souffrir, sans être isolé ou montré du doigt ? Car les sincères ne vont que très rarement faire quelque chose à contrecœur ou à l’encontre de leurs convictions. Ils n’y arrivent tout simplement pas, trop honnête pour sourire lorsqu’ils ont plutôt envie de crier ; de caresser dans le sens du poil alors qu’ils meurent d’envie de pincer ; de dire tout et son contraire alors qu’ils pensent exactement l’inverse.

  

Dire ce qu’on pense peut-il être fait à tout moment et en n’importe quelle circonstance ?
Prenez par exemple l’enterrement d’un pauvre bougre que tout le monde pleure alors que ça a été la plus grande enflure de tous les temps, uniquement parce que c’est un enterrement et qu’il faut pleurnicher à tout enterrement. Un sincère ne pourra jouer la comédie, et n’hésitera pas, même s’il le fait avec diplomatie, à dire que le macchabée en question a toujours été, est et restera dans l’au-delà, le gros con qu’il a toujours été. Il y a cette espèce d’immunité absurde et tellement humaine, une fois mort, mais oh combien hypocrite qu’un être sincère ne pourra créditer et soutenir. Ce sera peut-être même, le summum de la connerie humaine pour lui. Un moment surréaliste et décalé dont il aura toutes les peines du monde à supporter les questionnements s’imposant à sa conscience et le faisant passer pour un monstre.

 

Mais est-il plus juste dans sa démarche de justice ou ce qu’il pense être juste ou le repenti que toutes ces pleureuses accordent au défunt ont-elles raison d’être amnésique pour un moment ?

Oui, la sincérité n’épouse pas qui veut. Et qui plus est, il y a des conséquences lorsqu’on l’est. À commencer par le risque de se voir isolé. Exclu de la meute, puisqu’à chaque fois qu’on l’ouvre, une clochette rappelant aux malpolis et menteurs en tous genres, peut irriter leurs tympans jusqu’à nous foutre dehors ou tout simplement nous exclure de leur agenda. Du reste, en connaissez-vous beaucoup des gens vraiment sincères ?

 

Je suis certain que vous pouvez les compter sur les deux doigts d’une main. Et si par miracle ou bonheur, vous êtes l’un d’eux, alors vous savez de quoi je parle. Vous ressentez bien cet étrange mépris de vos pairs à l’égard de cette faculté de dire les choses, alors que les autres maquillent, camouflent, déforment ou transforment tout simplement les faits. Jusqu’à même pour les plus aveugles, à cautionner et se retrouver dans le déni le plus absurde. Mais certains croient plus en ce qu’ils disent et fantasment, que ce qu’ils pensent et sont vraiment.


Un petit mensonge est tellement plus facile, plus pratique, et cela assure à la plupart d’entre nous, bien des emmerdes d’éviter. Bien des tracas et des prises de tête que nous aurions toutes les peines du monde à assumer tant il y en aurait.



Mais là ou vous allez pâlir de jalousie et exacerber l’envieux que vous êtes, c’est lorsque deux sincères croisent leur route et décident de continuer ensemble le voyage. Il y aura une telle facilité nous semblera-t-il, une telle évidence dans tout ce qu’ils feront, que cela ne pourra qu’éveiller en nous de bien curieux émois, d’étranges sensations revanchardes déclenchant un déluge en notre intérieur, une tempête, dont nous ne comprendrons pas tout de suite l’origine. C’est avec le temps, en voyant cette sincérité permettre de perdurer à ce couple que d’aucuns nommeront d’improbable, que nous réaliserons l’essence même et les bienfaits d’un tel don. Mais est-ce vraiment un don ? Cela nous arrangerait bien de le penser. Cela nous tranquilliserait et nous prouverait que nous sommes normaux et comme tout le monde, mais pas eux. Cela nous donnerait la certitude qu’il n’y a que de rares élus, et exclus qui plus est, qui engendreront pareil miracle…



Les sincères sont-ils donc condamnés à vivre seuls, à dissimuler cette valeur épousée en cachette comme deux amants honteux se disant oui pour la vie à la sauvette et loin des autres.
Ceci confirme-t-il le dicton : « Pour être heureux vivons cachés ». Sommes-nous condamnés à être un solitaire si par conscience, nous devenions l’un de ces êtres exceptionnels ?

Sans le moindre doute, mais déchirés entre ce besoin de faire partie du troupeau et d’être aimés et celui d’être en accord avec nous-mêmes, il sera douloureux d’être en paix avec soi-même, car être sincère peut engendrer de lourdes responsabilités. Du reste, c’est toujours les mêmes qui s’y collent, lorsqu’il faut dire quelque chose à quelqu’un. On sait bien mettre en avant les sincères, en les poussant dans le dos pour qu’ils parlent à ceux et celles, avec qui nous n’arrivons pas à dire tout ce que nous aimerions leur dire. Et en cela, les sincères sont plutôt bien tolérés, mais surtout en ces occasions-là. Qui a dit que dans les relations quelles qu’elles soient, c’est souvent de petits arrangements dont il s’agit ? Une bien belle phrase. Une sage parole et une réalité que l’on croisera sans cesse au cours de notre existence.

Sont-ils des animaux ? On pourrait s’en poser la question. Après tout, être aussi sincère ne relève-t-il pas d’un instinct animal ? C’est vrai, çà, regardez les bêtes, il n’y a guère de place pour les doutes ou les mensonges, ils se reniflent le cul deux ou trois fois, se tournent autour histoire de contempler les forces et les faiblesses et scrutent l’âme en ne baissant que rarement le regard, afin de déterminer si ce sera blanc ou noir. Jamais gris. S’il y aura des coups de griffe ou du léchage.



Les sincères sont-ils des bêtes ? Cela nous arrangerait bien de pouvoir les considérer comme telles, en y mettant un accent bien péjoratif et en accentuant le côté bestial et tellement moins évolué de l’animal sans même réfléchir un seul instant, que les plus grandes monstruosités dans ce monde, ne sont pas faites par les animaux mais bien les hommes. Mais bon, que ne ferions-nous pas pour ne pas perdre la face, ne pas voir cette fierté glisser entre nos doigts sous prétexte que ces étranges animaux imprégnés de sincérité, sont et seront toujours en dessous des vraies valeurs. Celles de l’humanité.

 

Serais-je un « antisepciste » inné, et je fais un clin d’œil à Aymeric Caron et son ouvrage sur le sujet, pour divaguer de la sorte ? Peut-être bien, ceci dit, vous accorderez bien à cette catégorie de gens, le bénéfice du doute quant aux vertus et qualités de l’être humain. Sans vouloir peindre le diable sur la muraille, il me semble que nous avons tendance à décider de tout et sur tout et pour le bien de tous, y compris pour les animaux n’ayant plus comme espace, qu’un tout petit carré de terre, et je ne parle pas même de verdure.

Alors oui, les sincères ont bel et bien cet instinct de sauvage et n’hésitent pas à renifler les popotins pour se faire une idée des énergumènes les côtoyant. Ne tergiversant pas à sonder les âmes, et en cela, ils sont redoutables, pour délibérer si oui ou non, cela vaut la peine de faire don de l’acte le plus envié : la sincérité.



Car, quoi que l’on dise, être ignoré par l’un de ces oiseaux rares peut engendrer de curieux doutes et mettre à mal tout notre être, tant se refléter dans ces yeux de bête blessée, car ils le sont généralement, se veut une épreuve et un passage important, pour être en accord avec nos convictions. Même si ça fait mal, même si c’est brutal, peu importe…

 

Bien sûr, il y a ceux qui n’en ont rien à faire, de ces branleurs de la franchise et se moquent éperdument de leurs dires, voir, de leur présence. Il y aura les manipulateurs, ceux, tentant de les tenir en laisse, ou de démentir systématiquement leurs propos, mais dans tous les cas, les sincères ne laisseront pas indifférents parce qu’honnêtement, les couleurs de l’aura qui les habille, ne peut que charmer ou déranger. Et en cela, ils sont indispensables à la société.

 

 

Sincèrement-vôtre.

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31/10/2016
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