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Touche pas ma fêlure !? N’en déplaise aux charcutiers de l’âme...

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Touche pas ma fêlure !


N’en déplaise aux charcutiers de l’âme...

 

 

 

Nouvelle

 

 

 

 

Didier  leuenberger

 

 

 

 

De toutes les catastrophes naturelles, le séisme parental dont fut victime Adrien, si je peux m’exprimer ainsi, reste et restera de toute son existence, je le crains, le plus phénoménal des dérèglements jamais vécus. Je dis cela sans le plaindre ou même émettre une seule critique à l’encontre de ses géniteurs, car sans cette fêlure qu’est la sienne, jamais je pense, il n’aurait évolué de la sorte et ne serait devenu celui qu’il est aujourd’hui.

 

 

 

 

 


Tandis qu’il les soignait, ses crevasses de l’âme, qu’il les laissait suinter avec la plus grande attention, presque avec une petite fierté, nombre de proches et de relations essayèrent pourtant de les lui refermer, en l’envoyant chez des docteurs et des charcutiers de l’âme prônant leur savoir comme une religion, et dont on devrait bien, tous autant que nous sommes, se méfier un peu plus. En effet, certains sont capables de nous faire croire, n’importe quoi et surtout de nous fourguer des doutes dont on se passerait volontiers, releva Adrien en sortant de chez l’un d’eux.

 

 

 

 

 


C’est lorsqu’un illuminé de marabout tenta de lui extirper ce qui au plus profond de lui était enfoui, qu’il comprit qu’il n’avait pas envie de se défaire de ses oripeaux. Après tout, tous ses souvenirs, même s’ils étaient désolants ou peu reluisants, lui appartenaient et n’appartenaient qu’à lui. C’était même sans doute ce qui faisait d’Adrien le plus authentique lui-même. Sa fêlure, sa faille de San Andrea, son tsunami latent toujours prêt à submerger les berges de la raison. Et il s’y connaissait en folie, ou plutôt en psychologie, voire en psychiatrie, sans pour autant avoir fait sept ou neuf ans d’étude à l’université. Ses classes à lui furent d’une tout autre teneur, puisque c’est dans le vécu, la vie de tous les jours, de tous les instants, qu’il puisa la connaissance. Et quelle expérience...

 

 

 

 

 


D’aucuns vous diront qu’on est des milliers ainsi, et même des millions. Et je ne peux qu’admettre qu’ils ont raison. Mais combien sont-ils, dans ces millions, à réaliser l’importance de leur soit dite fêlure ? Combien réalisent le potentiel incroyable et la richesse d’une telle marque ? Je crains qu’il n’y en ait pas beaucoup. Je crains même que très peu assument ces doutes contractés jadis, grâce ou à cause de cette faille... Aussi, lorsqu’Adrien réalisa l’ampleur d’une telle richesse, il va de soi qu’il ne voulut pour rien au monde échanger son vécu contre des antidépresseurs à tout-va, le sauvant de tout, sauf de lui-même.

 

 

 

 

 


Certains appellent ce phénomène de la résilience. Adrien la nommait simplement prise de conscience. Une prise de conscience extraordinaire, donnant l’opportunité d’être en paix avec soi-même et ainsi de ne pas redouter cette fêlure nous ayant tant et tant effrayés de par le passé.

 

 

 

 

 


Que de gourous prêts à nous guérir de leurs potions magiques ou de leurs mots bienfaisants, capables, semble-t-il, et aux dires de certains, de recoudre cette faille nous seyant si bien en vérité. Et pour preuve...

 

 

 

 

 


Adrien découvrit qu’il valait mieux se laisser guider par son instinct, ne pas trop écouter son entourage, même ses proches, surtout ses proches, se laisser aller au gré des événements en se faisant confiance et se regarder comme un inconnu. Ainsi, Adrien découvrit-il quelqu’un qu’il n’avait jamais vraiment bien regardé, qu’il lui sembla ne pas connaître.

 

 

 

 

 


Il fut stupéfait par ses capacités à rebondir et à transformer ce qui semble être si terrifiant en expérience évolutive...
Dans un monde qu’il savait aux codes et règles nous faisant entrer dans tel ou tel moule, se départir de ses démons ne pouvait que rassurer ses congénères le côtoyant, alors que ce sont ces mêmes démons qui lui firent commettre les actes de la plus grande bravoure, mais aussi avoir les réflexes adéquats et à même de l’extraire des situations les plus scabreuses.

 

 


Tenez, si Adrien avait refermé ses plaies, aurait-il été l’aventurier fou et un peu casse-cou qu’il était ? Où s’en serait-il tenu à suivre le courant si tentant que des millions d’individus suivent, jusqu’à se perdre eux-mêmes ? Aurait-il eu la fougue et l’audace qu’il gagna au fil du temps ?

 

 

 

 

 


Bien sûr, certains décrieraient cette théorie en soutenant que ceci n’a peut-être rien à voir avec la faille, que c’est simplement une question de caractère, de personnalité... Et que nul ne peut rebondir de la sorte après avoir reçu une si grande gifle.

 

 

 

 


Mais alors, songea Adrien en se frottant le menton, qu’est-ce donc qui fait de nous un centaure ou un mouton ? Sûrement pas les études et à peine l’éducation de parents consciencieux et soucieux d’élever leur rejeton dans la plus grande liberté d’esprit... Ce sont surtout, en conclut-il, ces petites entailles et ces blessures profondes ou non, capables de forger l’homme ou la femme que nous devenons. Après tout, ne dit-on pas que tout ce qui ne tue pas rend plus fort ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15/01/2017
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