T O U S D E S A N G E S

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Cat COVID-19 ou lorsqu'un chat confiné se raconte Jour 10

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Jour 10

 

 

          Un boucan du diable nous a fait sursauter dans le lit. Ben a fait un bond qui l’a propulsé sur le sol, Mathias s’est tapé la tête contre le plafond mansardé, et moi, j’ai atterri comme par magie dans les bras de ce dernier, qui m’a immédiatement gratifié d’un grattage de crâne en règle.

Ben a enfilé un short et est allé voir ce qui se passait dans les couloirs. La police était en bas, en train de sortir de force la famille Kampusch-Lopèz de la cave.

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Mais ces derniers ne l’entendaient pas de cette oreille et se débattaient comme des démons. Mathias s’est habillé, m’a porté dans ses bras et on est allé voir ce qui se passait en bas.

 

 

Il fallait voir le chambard et les policiers équipés comme s’ils allaient contrecarrer des manifestants néonazis. Ce sont les mots de Maty, pas les miens, je précise tout de suite pour qu’il n’y ait aucune confusion. Ce genre de considération ou de jugement n’est nullement répertorié chez les félins. À la limite, des chats comme Johnny pourraient se vanter de connaître quelques histoires du genre, mais guère plus.

 

Ce dernier m’a expliqué que nous n’étions pas si compliqués pour entrer dans des discours et des jugements de la sorte. Que nous n’avions pas autant de factions et de genres qui compliquaient autant notre mode de vie que celui des humains. Que nous restons instinctifs avant tout et que si l’humain gardait un peu plus cela en lui au lieu de le polir, lorsqu’ils sont enfants, bien des problèmes seraient résolus.

 

 

Comme quoi fréquenter des matous comme Johnny peut nous instruire sur les humains au-delà de nos attentes. Parce qu’en fait, et soyons honnêtes, ce qui nous importe, ce qui nous importe vraiment nous les chats, ce n’est ni que notre voisin ait une couleur de poil telle ou telle ou un pédigrée défini, mais juste les moustaches qui se trouvent devant nos yeux. Son odeur, ses envies du moment et j’en passe et des meilleures…

 

Monsieur Lopèz bataillait comme un démon lorsque trois flics l’ont entrepris un peu plus sérieusement. Il fallait voir cette bagarre.

 

 

Madame Chanterelle, notre très chère voisine était aux premières loges. C’est tout juste si elle n’encourageait pas les policiers à le cogner et le serrer plus fort, pour le contenir. On a sentit dans ses propos une détermination sans commune mesure et un cri bestiale, même si le mot ne convient pas vraiment, nous ramenant à des temps que certaines vieilles personnes ont tenté toute leur vie d’oublier.

Il fallait la voir et l’entendre fustiger les Lopèz. J’ai cru qu’à un moment donné il allait la tuer du regard.

 

 

Mais c’est après Ben qu’il en avait surtout. Lorsqu’il a réussi à enfin s’échapper de ses bourreaux, la première personne vers qui il est allé est l’ami de Maty. Il lui a foncé dessus comme Rocky le fait avec moi. En deux temps trois mouvements, Ben était couché sur le sol, les bras du Lopèz autour de son cou en train de vouloir l’étrangler.

 

— Sale petit merdeux, c’est toi qui les a appelé ! Je vais te tuer ! Je vais te tuer ! Je te jure que je vais te faire ta peau ! C’est à cause de vous que ça nous arrive tout ça ! hurla-t-il en nous regardant, moi, Maty et Ben, tandis que les policiers se remettaient de cet affront et revenaient vers lui.

 

 

Mais Ben n’attendit pas qu’ils apparaissent pour se sortir de cette situation délicate. Il lui envoya une droite puissante, malgré sa position, et l’éjecta contre les policiers qui surgissaient enfin vers eux. C’est comme si le père Lopèz avait décollé pour atterrir dans les bras, ou plutôt, sur les corps des forces de l’ordre. Un ensemble de membres s’enchevêtrant et s’affrontant pour s’éclater sur le sol comme des quilles de bowling venant de se faire percuter par la boule qu’aurait lancé Ben.

 

 

Un brouhaha d’enfer nous fit tous sursauter, la femme de monsieur Lopèz chargea les policiers en s’accrochant au dos de l’un d’eux et en le frappant avec un marteau tandis que les gamins s’accrochaient aux jambes  de deux autres flics en les martelant avec des pistolets factices en plastique.

 

 

Le chef de la brigade secoua la tête en voyant la scène et fit un signe à ses collègues d’embarquer tout ce beau monde au poste.

 

 

Ben s’est relevé en se tâtant la mâchoire, Madame Chanterelle l’a regardé d’un sale d’œil tandis que d’autres voisins nous ont épiés, Mathias et moi.

 

 

Effectivement, il ne fait pas bon être humain dans certaines situations et suivant notre pédigrée. Je peux le constater avec mes deux lascars qui pourtant font tout pour aider les autres.

 

 

Mathias s’est même mis à préparer des repas pour les personnes âgées, et voilà la reconnaissance qu’on lui donne. En le montrant du doigt parce qu’il me tient dans ses bras.

 

 

Ben a secoué ses babines en posant sa main sur l’épaule de Maty et en nous demandant de le suivre pour rentrer.

 

 

 

Lorsqu’on est arrivé à l’appart, Rocky était dans tous ses états. Ben a dû le prendre dans ses bras pour le calmer. Cette violence déchaînée dans tout l’immeuble, sembla-t-il, l’avait affecté comme tout le monde.

 

 

Je ne sais pas qui de Ben ou de Rocky apaisait l’autre, mais une chose est certaine : en les voyant là, tous les deux, ils ne pouvaient réfuter un air de famille et surtout, un trait de caractère visible comme leur nez au milieu de leur museau. Ce sont deux bagarreurs qui foncent dans le tas et n’hésitent jamais à mouiller leur chemise pour se défendre.

 

Maty est très admiratif de cette combativité, apparemment. Du reste, ils s’engueulèrent de temps en temps à ce propos, avant que Ben ne décide de déménager.

— Tu ne dois pas te laisser dire n’importe quoi, Maty. Si on t’insulte, tu vas vers ces connards et tu les castagnes, c’est clair ?

 

Mais mon Mathias n’est pas et n’a jamais été un violent. Il n’aime pas se bagarrer même s’il sait se défendre lorsqu’il le faut.

 

 

En arriver aux mains, ça, c’est quelque chose qu’il ne sait pas faire tandis que Ben semble avoir de la rage dans les veines. Heureusement il se contrôle à la maison et n’applique cette colère qu’aux personnes l’importunant, mais elle est bien là et ça semble faire un peu peur à Maty de temps à autre.

 

 

Pour lui, tout le monde est beau et gentil ou presque. Chaque être et je dis bien chaque être vivant à du bon en lui.

 

 

Il ne veut pas croire que les gens soient foncièrement mauvais, et encore bien moins des animaux. Ça, c’est quelque chose qui lui est  inconcevable d’accepter et même, d’imaginer. C’est pour cela qu’ils se bouffaient souvent le nez avant que Ben ne revienne vivre avec nous. Deux caractères et façons de penser diamétralement opposés alors qu’ils se complètent si bien en vérité.

 

 

Mais je crois que ce covid-19 fait prendre conscience à Maty que Ben n’a peut-être pas tout tort, et que de temps à autre il faut savoir montrer les dents et se battre pour défendre ses droits. Lorsqu’il me tenait tout contre lui tandis que Ben se faisait étrangler, j’ai senti, oui, j’ai senti une rage monter en lui comme la lave d’un volcan avant d’entrer en irruption. Et ce que j’y ai ressenti était puissant. Si puissant, que je crois que Mathias aurait pu être à ce moment-là, bien plus virulent que Ben et tous les flics réunis.



14/04/2020
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