T O U S D E S A N G E S

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Cat COVID-19 ou lorsqu'un chat confiné se raconte Jour 13

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Jour 13

 

 

Lily était seule lorsqu’elle est arrivée devant la fenêtre. Moi aussi, j’avais juste en bruit de fond des cris et des rires de la chambre de Maty et Ben, ce qui me rassurait plutôt.

— Elle est où ta sœur ?

— Cerise ?

— Ben, oui, t’en as qu’une jusqu’à nouvel avis.

— Elle est restée dans les coussins du canapé. Elle préfère quand même nettement être dedans que dehors.

— Pas toi ?

— Non, moi je suis faite pour être dehors. C’est comme ça, je l’ai dans le sang. Et toi ?

— Tu le fais exprès ma parole !

Je m’énerve un peu en constatant qu’elle n’écoute pas ce qu’on dit avec Johnny ; elle ne semble pas non plus être apte à analyser ma situation pourtant très claire, il me semble.

— Excuse-moi, j’ai oublié que tu es un chat de salon !

— Un chat quoi ?

— Un chat de salon…un chat d’intérieur.

Elle se moque de moi sans vergogne ce qui me met un peu en boule. Heureusement que Rocky n’est pas lâché parce que c’est lui qui aurait ramassé à sa place. Non, mais elle se prend pour qui celle-là !  

— Tu t’es vue, brossée comme tu l’es tu ne dois pas souvent patauger dans la gadoue.

— Oh pas besoin de le prendre comme ça, Boris. Moi ce que j’en dis, c’est que tu es confiné tandis que nous on peut….

— C’est bon, j’ai compris. Pas besoin de me lancer en pleine gueule à chaque fois que tu débarques ici. Y a pas d’autres chats en vitrine à aller narguer ?

— Quelle humeur ! Qu’est-ce qui se passe, ce matin ?

— Rien !

— Bien sûr que si ! C’est tes deux humains ?

— Bien sûr que non, ils sont les meilleurs humains que tu ne trouveras jamais !

— Ouais, ça c’est ce que tous les chats adoptés par l’un d’eux disent, mais dans le fond, y en a qui vivent les pires horreurs. Regarde ce pauvre Siegfried et les modèles réduits humains qui le martyrisent. Y faut pas rêver, ce qui rend humain les humains ce ne sont pas eux mains nous.

— Comment ça ?

— Enfin, le docteur Von Cervelet de Johnny ne t’a donc rien expliqué ?

— J’en sais rien, je ne sais pas ou tu veux vraiment en venir.

— Ce  que j’essaie de t’expliquer, c’est qu’entre eux, les humains ce n’est pas ce qu’il y a de mieux. Regarde les comportements depuis qu’ils se sont enfermés dans leur maison.

— Quels comportements ?

— Tu le fais exprès ma parole !

Elle me lance ses deux grandes billes jaunes en guise de remontrance.

— Voyons, Boris, ne sois pas aussi naïf !

— Mais je ne suis pas naïf. Je ne vois pas de quoi tu veux parler. Mon Maty et Ben font tout pour aider leurs collègues humains.

— Mouais ! C’est pour ça que le voisin qui a été embarqué par la police a voulu l’étrangler.

— Comment sais-tu ça ?

— J’étais aux premières loges. J’étais devant l’immeuble quand ils l’ont mis dans la voiture. T’aurais dû voir ce type, un vrai démon.

— Il a pété un plomb à dit Ben.

— Il n’est pas le seul et ça ne fait que commencer. Tu ne peux pas changer les humains. C’est dans leur nature de se bouffer le nez. Comme c’est dans la nôtre de nous faire la guerre dehors. C’est juste les codes qui sont différents, mais dans l’ensemble, nous ne sommes pas différents.

— Tu viens de me dire qu’ils l’étaient !

— Je n’ai pas dit ça, Boris, j’ai dit que c’est nous qui les rendions plus humains.

— Alors ça va dans les deux sens ! Ils nous rendent sans doute plus chat !

— Tu rêves, mon mignon ! On leur fait croire ce qu’on veut.

— Moi je ne trouve pas.

— Bien sûr que si. C’est dans notre nature de nous adapter,  crois-moi, il n’y a rien de chat dans ces comportements que nous leur montrant lorsqu’on vit avec eux. Regarde-toi, p’tite tête, tu n’as rien d’un chat. D’un vrai chat je veux dire. Tu connais mieux les habitudes de tes deux lascars qu’eux-mêmes, moi, celles de mes deux humains. Tu pourrais dire à l’avance ce qu’ils vont faire de leur journée, tant tu les connais bien.

 

 

Je reste songeur à cette dernière réflexion qui n’est pas si fausse. Il est vrai que je peux deviner chaque faits et gestes de mes deux compères.

Johnny arrive au même moment en saluant Lily de ses moustaches. Elle lui donne un coup de patte ce qui me surprend un peu.

— Ne sois pas choqué, Boris, ça ne veut pas dire grand-chose. Elle a plus peur de moi qu’autre chose.

— Même pas en rêve ! se défend Lily en se redressant et en bombant le torse. Depuis quand un rouquin m’intimide ?

— Depuis que tu me connais ma belle !

— Oh, la ! On va se calmer les amis. Qu’est-ce qui se passe ce matin. On dirait qu’on est tous un peu à cran.

— Moi je ne peux pas dire que c’est le confinement, je suis libre comme un pinçon. Et toi non plus, Lily. Et pour ta sœur ça ne change pas grand-chose puisqu’elle a toujours préféré les coussins et les canapés à la forêt.

— Détrompe-toi, elle est plus dehors maintenant qu’avant le confinement. C’est à n’y rien comprendre.

— Et toi Boris, qu’est-ce qui t’arrive ? C’est vrai que je sens un certain agacement chez toi. Tu peux nous le dire.

— Ben, en fait, jusqu’ici j’avais réussi à me faire une place depuis que l’autre est revenu habité chez Maty. Discrètement durant la nuit après que l’un d’eux se soit levé je pénétrais dans leur chambre et me blottissais au bord du lit, aux pieds de Mathias.

— C’est très bien ça. Tu as réussi à gagner du terrain sur tes deux lascars.

— Ouais, mais non. Au fil des jours, je me suis rapproché de Maty et lorsqu’une nuit, complètement collé contre son corps, Ben à passer son bras pour le tenir et que ses doigts sont tombés sur moi, ça l’a mis en rogne. Il m’a attrapé méchamment et m’a mis à la porte en me disant que ce n’était pas ma place. Il fallait le voir.

— Bah ! Ne t’inquiète donc pas, Boris. Tu te mets dans un drôle d’état pour pas grand-chose. C’est notre quotidien d’être balloté d’un point à un autre selon les humeurs de nos humains. Tu verras, tu vas les avoir à l’usure. Continue tes raids nocturnes et profite de leur duvet, tu verras, à un moment ou un autre, ton Ben va craquer. Ils craquent tous.

— Et comment va ton Michel ?

— Ben, moi j’ai aussi été viré de la chambre depuis qu’il est revenu de l’hôpital. Une médecin lui aurait dit que mes poils peuvent l’incommoder.

— Et tu dormais avec avant ?

— Bien sûr. Tout le temps. Je veux devenir diurne et me plier à leur mode de vie, mais il me faut des contreparties. Et le moelleux des coussins me paraissait un bon deal.

— Qu’est-ce que tu vas faire ? demande Lily, l’air catastrophé.

— J’en sais rien. J’ai l’impression qu’une distance se profile depuis qu’il est de retour à la maison. Comme si je lui faisais peur.

— C’est embêtant cette histoire, lui dis-je, sans avoir la moindre solution à proposer à ce qui semble tout de même être un énorme problème.

 

Que Johnny ne puisse plus avoir accès aux coussins risque de changer leur rapport, j’en ai bien peur. Comme cela change mon rapport avec Ben depuis qu’il m’a foutu dehors de la chambre. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Je ne vais pas m’avouer vaincu.

 

Après tout, quand il est parti dans l’appartement du dessus en abandonnant mon Maty comme un chien malheureux, c’est moi qui ai été là pour le consoler.



03/05/2020
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