T O U S D E S A N G E S

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Cat COVID-19 ou lorsqu'un chat confiné se raconte Jour 8

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Jour 8

 

 

Depuis que Ben nous a rejoint, il occupe ses journée à demander comment vont les gens et à s’inquiéter des voisins. Ce qui ne passe toujours pas forcément bien. Certains l’expédient sans ménagement tandis que d’autres sont touchés. Il est sidéré par l’aplomb de certains tandis que d’autres restent dans le déni le plus total. Ce sont ses mots.

 

Mathias, lui, est quelqu’un de terre à terre, de réaliste. Il pleurait hier soir sur le canapé en pensant à son petit café qu’il a ouvert juste avant de m’adopter. Il sait qu’il peut tout perdre en quelques mois si aucune aide ne lui est donné. Mais c’est de loin pas la priorité des États, que de sauver les petits commerçants. Il en est bien conscient, raison pour laquelle il laisse sortir sa peine.

 

 

Je ne sais pas si c’est un signe, mais aujourd’hui, Rocky a débarqué à la maison. Dans les bras de Ben, il me lança un regard empli de défi avant même d’être posé à terre. Mais fort heureusement pour moi, Johnny était devant la fenêtre à m’attendre. Il a fait toutes sortes de grimaces pour attirer le monstre et ce qui devait arriver arriva. Rocky s’écrasa les oreilles et son petit crâne comme une crêpe contre la vitre.

Lorsqu’il reprit ses esprits et vit que je me marrais, il à secoué son museau, piétiné d’une patte le tapis avant de charger comme un tank. On a regardé un film de guerre l’autre soir avec mes deux complices, et c’est là que j’ai vu l’âme de Rocky dans un char. Inutile de dire que le choc fut à la hauteur de mon rire, je fus éjecté à deux mètres de là en un vol plané époustouflant.

 

 

Bien sûr, personne ne voit jamais rien quand c’est le gentil lapin qui casse la gueule à bibi. Je me suis senti seul. Très seul tout à coup. Ben était allé chercher la cage de monsieur dans son appart, tandis que je me relevais péniblement et que Mathias préparait le repas. J’ai eu juste le temps de m’accrocher aux classeurs empilés dans l’étagère, pour continuer ma grimpe en m’agrippant aux nombreux livres ornant ce meuble.

 

 

De là-haut, j’avais une vue imprenable. Il fallait voir longues oreilles renifler comme un chien le sol et n’avoir pas même la présence d’esprit de lever sa tête.

 

 

J’hésitai un instant, me mis en position en remuant mon postérieur et en ravalant a salive avant de me lancer. J’avais l’impression d’être un de ces écureuils volants que j’ai vu dans cette boîte à images. Je ne vous explique pas le choc, lorsque je lui suis arrivé dessus. Ce pauvre Rocky a dû voir trente-six chandelles en accusant le coup. J’ai rebondit et atterrit contre le radiateur, un peu groggy mais pas peu fier d’avoir enfin gagné une bataille.

 

 

Johnny m’applaudit, moi je bombai le torse en ne quittant pas des yeux cette harpie. Mais je savais que je n’avais pas beaucoup de temps avant que sa mémoire sélective ne soit écrasée par une remise à jour dont seul cet allumé semble être affublé.

 

 

Heureusement pour moi, Ben est arrivé au bon moment. Il a remis le monstre dans sa cage en me caressant gentiment. Inutile de vous dire à quel point aller le narguer fut jouissif.

J’étais aux anges. Heureux comme un pinçon.

— Bravo, petit ! Tu as gagné cette bataille ! me félicita Johnny en hochant la tête. Mais tu en auras d’autres à gagner. Ne cris jamais trop fort tes petites victoires, même si tu en es fier. Elles feront envie à tes amis et aiguiseront la quête de tes ennemis. Les chats comme les gens d’ailleurs, n’aiment pas trop que les autres pavoisent leurs succès au grand jour. Chose étrange, les humains ont toujours énormément de peine à se réjouir, se réjouir vraiment des succès ou du bonheur de leurs congénères. Michel me le fit souvent remarquer. Alors que ça devrait être une réjouissance pour tout le monde, lorsque quelqu’un est heureux, il semble que cela dérange plus que cela réjouisse. Comme si beaucoup n’arrivaient pas à se réjouir du bonheur des autres et que les savoir dans une situation moins envieuse que la leur les rassurait. Un peu comme si ça les amputait de quelque chose, à moins que ce ne soit tout simplement que de la jalousie. Et on sait ce que c’est que la jalousie, nous les chats. Crois-moi, je l’ai vécu. Lorsque je suis arrivé chez Michel, au début, il y avait un autre chat. Un vieux chat. Mais entre nous ce fut très vite la guerre. Nous comptions en permanence lequel avait eu plus de câlins que l’autre de la part du boss. Et cela déclencha bien des hostilités.

— Crois-tu que ça nous arriverait si tu vivais ici ?

— Tant que le tank Rocky serait dans les parages, je ne pense pas, car notre attention serait captivée par un ennemi commun. Mais une fois plus là, va savoir…

Il me laissa sur cette réflexion en avançant ses proies gisant devant ses pattes. J’avoue que ce qu’il me dit me perturba un peu, puis, me disant que Rocky n’est pas prêt de partir, je fus rassuré, si par bonheur, Johnny devait vivre ici. C’est un peu ce qu’il fait déjà d’ailleurs, vu le nombre d’heures qu’il passe sur le balcon.

 

 

J’apprécie vraiment que Mathias n’ait pas condamné l’escalier et aille sur l’autre balcon lorsqu’il veut prendre l’air. Je crois qu’il a compris que j’avais besoin d’amis aussi. Même à travers des vitres, cela reste de l’amitié.

 

 

Maintenant je sais qui est l’auteur de la disparition des souris que Johnny nous ramène. C’est Siegfried. Il me l’a avoué ce soir. Il m’a aussi dit qu’il n’en pouvait plus à la maison et qu’il était de plus ne plus dehors. D’ailleurs, il ne doit pas être le seul dans cette situation puisqu’il constate de plus en plus de chats dehors. Il m’a dit qu’à certaines heures, c’est la cohue dehors.

 

 

Il m’a répété la chance que j’ai de pouvoir être confiné avec deux humains comme mes boss. Que je devrais apprécier cette tranquillité car dans les foyers ou les modèles réduits sont arrivés en force en prenant le contrôle, c’est la guerre. Des images de cataclysme et apocalyptiques, pour les moins bien lotis, certains enfants prenant le dessus plus que jamais.

Bref ! Je dois être content de mon sort et être heureux d’être confiné comme je le suis. Finalement, cette vitre qui semble m’emprisonner est aussi ma protection.



12/04/2020
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