T O U S D E S A N G E S

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Cat COVID-19 ou lorsqu'un chat confiné se raconte Jour 9

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Jour 9

 

 

La porte de la chambre couchée reste ouverte le matin. Lorsque l’un des deux va aux toilettes. J’en profite pour  m’infiltrer dans leur nid chaud et me blottis tout contre mon Maty. J’écoute sa respiration et nos cœurs battent à l0unisson, me semble-t-il. Le matin, je lui mords les orteils qui dépassent souvent du duvet, pour qu’il vienne me donner é manger. Il faut dire que depuis que Ben est revenu vivre ici, il y a du laisser-aller de ce côté-là. Je suis obligé de lui rappeler ses priorités et mon humble petite personne en est une principale et pas des moindres.

Il se lève à contrecœur et vient remplir mon écuelle en me donnant une caresse. Il m’arrive de ne pas manger et de le suivre lorsqu’il retourne au lit pour avoir un peu plus d’attention. Il ne doit pas oublier que c’est moi qui l’ai soutenu lorsque Ben est parti vivre dans l’appart du dessus. On est une équipe lui et moi. Je le connais par cœur. Je sais exactement ce qu’il va faire au moment ou il doit le faire.

Il va se lever en se grattant les fesses, enfiler un short, aller sur les toilettes en allumant un écran pour y lire les nouvelles. Puis il se lave, se rase et vient préparer le petit déjeuner, des tartines de préférence même s’’il lui arrive de manger de temps à autre des fruits. Il va allumer son ordinateur pendant que de l’eau bouillit pour un thé , fait couler l’eau froide pour boire un verre plein d’eau en grimaçant, choisit un sachet de thé parmi les nombreuses sortes, mais il prend toujours le même. Il laisse infuser son thé, va s’installer sur la chaise de son bureau en ouvrant son ordinateur. Il lit des infos, fait défiler quelques conneries qui le font sourire, de temps en temps il met de la musique. Je n’aime pas tout, mais en général le matin c’est plutôt doux. Il enlève le sachet de son thé en se brûlant à chaque fois les doigts, bois très chaud son breuvage, puis, lorsqu’il arrive à la moitié, retourne à la cuisine pour manger ses tartines. C’est là que j’ai droit en général à un peu de beurre qu’il met sur son doigt. Quelques fois le fond d’un yaourt. J’adore particulièrement celui à la vanille.  Il range la table, va enfiler son habit de jogging et va réveiller Ben, avant de sortir une heure pour courir autour du quartier. Par cœur, que je le connais. Rien ne m’échappe. Tout est méticuleusement scanné et s’il oublie quelque chose, je n’hésite pas à le lui faire comprendre d’une manière ou d’une autre.

Avant que Ben ne revienne vivre ici, il m’imitait au réveil, en s’étirant de tout son long, mais ces derniers jours, il n’a plus le temps et la tête à autre chose. Pourtant notre gymnastique matinale est un excellent moyen de bien commencer la journée et de se relaxer. Les humains un peu plus suivre leurs cousins animaux. Ils apprendraient beaucoup et vivraient beaucoup mieux, c’est Johnny qui le dit.

Aujourd’hui j’ai eu une énorme surprise. Johnny est arrivé avec deux autres chats. Enfin, deux chattes. Lily et Cerise, deux sœurs vivant dans une maison non loin, et tout près d’une forêt. Il m’a dit que ces deux-là il les aime bien. Et c’est vrai qu’elles sont sympathiques. L’une un peu plus peureuse que l’autre, et un caractère bien distinct, mais sympas. Je ne sais pas ce qui se passe au balcon, mais il y a de plus en plus de monde. J’espère que nos regroupements ne vont pas créer de problèmes à Mathias, je l’ai entendu dire qu’on ne pouvait pas être en groupe et encore, qu’à une certaine distance les uns des autres. Là, les deux sœurs et Johnny n’avaient pas vraiment envie de respecter quoi que ce soit comme zone dite de sécurité. Ils s’en foutent à vrai dire. Ils m’ont dit que c’était un problème humain, ce virus. Qu’à force de maltraiter la nature et nos cousins sauvages, eh ben il est arrivé ce qui devait arriver depuis un moment déjà.

Siegfried lui aussi est de plus en plus ici, ce qui me divertit et me permet de ne pas voir le temps passer. Lui rêve d’un combat avec Rocky. Il m’a dit qu’il serait un adversaire à sa hauteur. Il faut dire que Ben à un malin plaisir à le lâcher une fois par jour et nous regarder nous castagner. Je ne vais pas dire que ça l’excite, mais ce n’est pas loin. En tous les cas lui et mon Maty semblent bien moins se bouffer le nez. Ça a du bon le confinement. Si ça peut amener à un peu plus de bienveillance les uns envers les autres, c’est déjà ça de gagner, il me semble. Voilà que je raisonne comme un humain. Mes deux lascars doivent déteindre sur moi.

Le boss de Johnny est encore à l’hôpital, ce qui laisse champ libre à mon ami qui prend de plus en plus ses aises dans la maison.

— Tu vois Johnny, lui avait-il dit un jour après une consultation corsée avec un patient, plus on a d’espace et plus on en veut. Et apparemment, vous les chats, n’êtes pas si différents. Mais à force de nous étendre et d’empiéter sur la nature, un jour, elle va reprendre ce qu’on aura tenté de lui voler…les gens ne comprennent pas qu’ils ne font que passer. Que nous rien n’est à nous et que nous ne faisons qu’emprunter ce qui s’offre à nous sans ne jamais le posséder. Posséder, et prends-en de la graine, Johnny, reste la plus grande illusion pour tout un chacun.

— Il t’a dit ça ? lui ai-je demandé, impressionné. Lily et Cerise l’étaient tout autant que moi.

— Ouais ! Il me parlait comme ça, Michel. Il disait même avoir de bien meilleure conversation avec moi qu’avec la plupart des humains.

— Mais… tu ne parles pas humain ?

— Pas besoin, me disait-il sans cesse comme s’il voulait me rassurer, ton regard est bien assez parlant pour ne pas avoir besoin de prononcer le moindre mot. Les humains parlent bien trop pour ne rien dire. Preuve en est les zigotos qui débarquent dans mon cabinet. De toute façon, mon métier n’existe que dans les pays riches. Ailleurs, ou le seul souci est de se nourrir et de trouver de l’eau ainsi qu’un toit, crois-moi Johnny, les psys n’ont vraiment pas lieu d’être.

— Tu veux dire qu’ailleurs, ce que fait ton boss n’existe pas ?

— Apparemment, oui. Après, tout est relatif. La vie d’un chat ici n’est pas la même que dans un autre pays, donc c’est logique que ce soit pareil pour les humains. Michel me dit toujours que nous sommes privilégiés d’être autant aimés et chouchoutés.

— Ma maitresse nous dit qu’elle aimerait se réincarner en chat. Mais en nous, dit l’une des sœurs en se frottant le museau d’une patte avec élégance.

— Ça veut dire quoi se réincarner.

— Je crois que ça veut dire : revenir dans une autre vie, mais dans un autre corps.

— Ça m’a l’air vachement compliqué ton histoire, Lily.

— Je sais, moi-même, je ne comprends pas tout ce que Marta me dit, mais une chose est sûre, c’est que la réincarnation la fascine. Elle me répète sans arrêt qu’elle aimerait revenir en moi, avec une maitresse comme elle, sinon ça ne vaut pas la peine.

— Ça veut dire qu’elle s’apprécie ? demande Johnny, en se léchant une patte pour la passer derrière ses oreilles.

— Je crois, oui. Mais ça veut surtout dire qu’elle pense qu’elle nous soigne bien, et qu’elle est heureuse de nous savoir heureuses.

— C’est possible, ça ? demandai-je innocemment en écarquillant de grands yeux.

— Tu crois que ton Maty nous regarderait depuis tout ce temps qu’on discute avec un regard pareil ? lance-t-elle, en me montrant du museau l’intérieur de mon appart et mon maître, assis sur une chaise en train de nous admirer.

Je me retourne pour l’examiner, pas peu fier d’y lire sur son visage une plénitude qui semble le mettre en joie.

— Tu vois, continue Lily, en le fixant de la pointe des orteils à celle de ses cheveux en bataille, il est heureux de te savoir heureux, ça se lit sur sa figure. Tu as de la chance, Boris, ton Maty t’aime beaucoup. Et ma foi, je crois bien qu’il nous apprécie aussi.

Lily lèche le museau de sa sœur et l’invite à redescendre l’escalier pour rentrer chez elles. Cerise la suit sans broncher, juste en nous lançant à moi et Maty, un regard empli d’admiration. Johnny me lance un coup d’œil complice.

— Mon Michel dit toujours que lorsqu’un humain prend un animal c’est pour l’aimer, par pour le maltraiter. Sinon, ça ne vaut pas la peine.

— Il est bien ton Michel.

— Comme tu dis. Je m’ennuie tellement de lui. Les humains disent que les chats pensent avant tout à la maison plutôt qu’à leur patron, mais ce n’est pas vrai. Comme me dit souvent Michel, ça c’est juste pour donner bonne conscience à tous ceux qui adoptent des chats et veulent continuer à partir trois fois par année en vacance et garder bonne conscience. Parce qu’en vérité, lorsqu’un maître s’absente pour une durée indéterminée, et, quel que soit le pédigrée du chat en question, l’ennuie nous guette aussi sûrement qu’un humain puisse s’ennuyer de son enfant lorsqu’il est en âge de quitter la maison pour vivre sa vie.

— Il est vraiment bien ton Michel !

— Il est psy ! Bon, je te laisse, voilà ton Maty qui a besoin d’affection.

— Comment le sais-tu ?

— Ça se sent ces choses-là ! La bonté que dégagent les gens est quelque chose que nous détectons à tous les coups. Croit-moi, nous ne nous y trompons que rarement…

Je l’ai regardai partir, avec toujours autant d’agilité, et je n’ai pas eu le temps de le voir trotter dans l’herbe après qu’il soit descendu que Mathias m’attrapait et me soulevait pour me plaquer contre son corps chaud. Je crois que ça s’appelle de l’amour.



13/04/2020
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