DISSERTE AUTOUR DU PET - TOUSDESANGES

T O U S D E S A N G E S

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DISSERTE AUTOUR DU PET

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Disserte autour du pet

 

 

 

 

                     Pamphlet

 

          Didier Leuenberger

 

 

 

Disserte autour du pet

 

 

               Il est un soulagement qui de tout temps prêta à sourire. De nos jours encore, il fait toujours autant rire, ou dérobe en catimini un rictus au coin des bouches les plus prudes et les esprits les plus pudiques. Un bienfait dont on rougit le plus souvent, mais qui sait si bien détendre notre front crispé, juste avant de nous heurter de plein fouet et que l’on ne lâche un vent.

Je veux parler du pet bien sûr. Qu’il soit bruyant ou silencieux. Caverneux ou aigu. Venteux ou étouffé. Qu’il soit une légère fragrance ou une abomination odorante. Compressé ou furtif. Timide ou décomplexé. Murmurant ou détonant. Soufflé ou explosif. Culoté ou déculotté. Nauséabond ou à peine perceptible aux naseaux les plus affûtés, il reste un petit instant qu’on

ne partagerait pour rien au monde, lorsque d’un souffle expéditif, il traverse notre corps pour nous laisser presque une sensation d’abandon, après qu’il eut été libéré.

Fugace murmure faisant trembler les pourtours de notre rondelle d’un petit frémissement, il va de soi, et personne ne me contredira je pense, que le pet est souvent attendu... souffle d’apaisement, il annonce dès fois avec fracas, l’arrivée du général caca. Mais que ce dernier ne fasse point peur à ceux qui liront ce texte, je ne m’égarerai pas dans une disserte scato-intello, car quoi de plus naturel pour un humain, que de sentir sa culotte trembler pour ne pas dire, le sol se dérober, lorsqu’avec clameur, le pet fait vibrer notre corps tout entier. Souffle ingénu venant des entrailles, il fanfaronne le plus souvent, se moquant bien des convenances et des politesses. Affirmant par sa détermination à nous ébranler le temps d’un instant, et nous faire prendre conscience de notre chair en émoi.

Il n’est pas un bras, pas une jambe. Pas un œil ou même un sens. Pas même une cellule ou une particule... alors quoi ? Il est du vent, assurément. Et quoique l’on en dise qu’on serre les fesses ou qu’on les décontracte, il trouvera toujours son chemin dans les méandres de ce méli-mélo de boyaux, pour exister en un soufflet, aux yeux du monde.

Douce brise éclaboussant nos petits corps endormis. Pot d’échappement se gaussant de nos convenances. Promesse d’un soulagement tant attendu, il sait se placer ou il faut, et dès fois, s’amuse à faire durer ce moment de plaisir en se blottissant contre les parois d’un rectum dilaté et prêt à pétarader un semblant de félicité... Si, si... vous m’avez bien lu.

Victime des quolibets des garçons l’utilisant comme un indispensable outil pour découvrir leur corps en proie à de violents séismes pré et post-adolescents, le pet est, dans toute sa puissance, une folle énergie galopant dans nos intestins noués pour exister, une fois expulsés. Et plus la fanfare est assourdissante, et plus le plaisir semble grand et atteint.

Petit délice transcendant les lois de l’attraction, il résonne en nous comme un gardien de notre plomberie, et ce, à tout âge de notre humble existence. Qu’il soit sec ou mouillé, l’âge infligeant de bien vilaines pertes de contrôle. Qu’il soit grossier ou tout en finesse, on ne peut l’ignorer, et même si les filles disent ne péter que très peu, je vous le dis, elles entretiennent avec cet alizé sous-jacent, une relation toute particulière que nous les garçons ne comprendrons jamais...

Est-ce à dire que nos morphologies sont à ce point différentes, qu’elles n’entrevoient pas les vents de la même façon ? Je ne saurais répondre à cette question. Il me semble que cela découle plus de l’éducation et d’années de domination masculine qu’une forme quelconque du rectum ou même, de boyaux se distinguant d’un sexe de l’autre.

Et si le môme enfouit en moi aime encore s’amuser à lâcher un courant dans son bain, donnant corps et consistance à ce pet que tant de gens réfrènent par prévenance et respect selon leurs dires, j’admets

observer ces bulles ayant joué des cymbales avec mes aumônières, et bravé la mousse abondante dans laquelle je me complais, avec amusement et une certaine petite fierté, je l’avoue. La même que celle qui m’anima lorsque je sentis ma clarinette s’éveiller aux prémices de la puberté et me rendant soudain si vivant... Si conscient, devrais-je plutôt dire.

Aux détracteurs du pet affirmant bientôt que flouser émet beaucoup trop de CO2 dans l’atmosphère et qu’il faudrait aménager des aquariums à pets comme l’on construisit des fumoirs dans les aéroports pour aficionados de la cigarette, je leur répliquerais qu’il n’y a pas si longtemps, et encore aujourd’hui pour quelques-uns d’entre nous : « Un pet c’est une consultation de moins chez le praticien ».

Marre de péter en sourdine à chaque fois qu’on se trouve coincé dans un diner un peu trop formel. Qu’on nous laisse donc loufer en paix et si parmi vous il y avait encore des sceptiques, j’ose espérer qu’à aucun moment de votre vie, vous ne découvriez, bien malgré vous, par une poussée d’hémorroïdes soudaine,

ce qui révèlerait le pet comme une entité à part entière, enflammant votre petit derrière d’un simple effleurement.

S’il est vrai que certains aimeraient évincer ces vents comme un objet inutile, il va de soi que le pet contribue à nous sentir exister, en tant que citoyen de ce monde, simplement. Ni plus ni moins.

 

 

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10/07/2018
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