T O U S D E S A N G E S

T O U S         D E S          A N G E S

L’humanité

L’humanité

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Tu aurais pu être mon coup de cœur, tu es devenu ma tumeur. Avide de conquêtes et de pouvoir. Dévorante et destructrice. Cannibale à tes heures les plus sombres. Mais aussi lumineuse et créatrice. Audacieuse et culottée tu es capable de grandes choses et peut servir ma cause de temps à autre.

 

 

 

Je ne sais comment ni par quelle magie tu es née. Et je sais encore moins quand cela a dérapé.

 

 

 

Pourtant tout avait bien commencé, il me semble. Tu détenais toutes les promesses et depuis, tu n’as de cesse, de me décevoir. Tu avais tout en mains, les clés d’un paradis et l’assurance d’une pluralité riche et variée. D’un avenir radieux. De découvertes extraordinaires et d’aventures téméraires et formatrices.

 

 

 

Mais rien ne semble jamais aller assez vite pour toi. Tu es comme un organisme instable, fait de milliards de particules n’arrivant à trouver la cohésion et ne pouvant avancer à l’unisson, chacun d’entre eux, voulant dévorer l’autre. Un organisme dangereux, détruisant tout sur son passage et sans modération.

 

 

 

Je t’ai regardé comme un enfant, ai apprécié ton impétuosité et ta détermination, et ce, malgré tes envolées discutables, que tu satisfaisais et encore aujourd’hui, à l’insu de mes autres enfants. Tu m’as désignée « mère nourricière » ou « mère Nature », lorsque je t’inspirais encore quelques craintes et tant de questionnements sans réponse. Et voilà que tu m’épuises jusqu’à presque me culpabiliser. Que tu veux me dompter, toi le bambin qui a tant et tant encore besoin de moi ! Qui croit pouvoir m’évincer d’un simple revers de main, en me remplaçant par toutes sortes de trouvailles plus folles et dangereuses les unes que les autres…

 

 

 

Je n’arrive à me rappeler avec exactitude quand tu t’es éloignée des règles fondamentales que j’instaurai à tout être vivant sur ma surface. Ni même si un jour durant ta jeune destinée, tu fis preuve d’assez de compassion pour que j’oublie ce qui se passe aujourd’hui.

 

 

 

Depuis que tu as monnayé l’existence même de tes semblables sans le plus petit remords, je t’ai perdu et je le crains, à jamais. Comment pourrais-tu stopper le train dans lequel tu t’es embarquée et que tu as créé de toutes pièces, je te le rappelle au passage.

 

 

 

Un enfant, oui. Effronté et irresponsable en bien des occasions. Un bambin s’offrant tous les caprices, habillé de sa superbe et de sa suffisance. Méprisant et condescendant à l’égard de tant d’espèces, mais que je pris plaisir à voir évoluer malgré tout. Et voici que par des technologies te rendant tout puissant, tu crois détenir le monde en ton sein, mais tu fais tout pour qu’il implose.

 

 

 

Quel dommage que ta soit dite intelligence ne serve pas plus tes aspirations et les autres êtres vivants. Imagine ce que tu aurais pu construire ? Quel monde tu aurais pu consolider et donner à tes descendants ?

 

 

 

 

Il fut un temps où je te paraissais immense, si vaste, que l’imaginaire venait renforcer mes limites géographiques. Un temps où l’inconnu de mes étendues et mes grands océans te faisaient peur. Tandis qu’aujourd’hui, tu sembles avoir rétréci mes frontières et limité le temps pour ce qui est de te mener d’un endroit à un autre. Sans oublier les dangers sommes toutes naturels, que tu as éradiqué de toute ta puissance et amputé en même temps, bien des rêves et des légendes à ta jeunesse qui semble si désenchantée. Une jeunesse se faisant peur par toutes sortes de technologies et d’artifices, ne retrouvant cette adrénaline dans les mégapoles que tu construis ni les campagnes insipides que tu laisses derrière toi.

 

 

 

Tu as grandi si vite et progressé si étonnamment, que tu n’as même plus la présence d’esprit de regarder ce qui t’entoure. De constater et respecter des êtres aussi minuscules que les fourmis, grandes survivantes des nombreuses ères et toujours là. Ce qu’elles pourraient t’apprendre n’a pas de valeur.

 

 

 

Je crains malheureusement que tu ne fasses un aussi long voyage dans le temps ; que ton adolescence impétueuse et malhabile n’annihile toutes tes espérances et tes projets d’avenir. Pour cela, il faut être humble et sertie de modestie ; empreint d’un respect immuable à l’égard de ses paires. Or, tu brises la vie comme des brindilles sans te soucier vraiment des conséquences. Tu restes cet intrépide garnement qui joue avec le feu, sans en ressentir les brûlures jusqu’au jour où il est trop tard. Comme à chaque étape de ton histoire, le scénario se répète et tu ne tires aucune leçon de ces chapitres pour le moins accablants. C’est au pied du mur que tu apprends le plus et que tu déploies le mieux ton humanisme. Comme si tu devais te casser la figure à chaque fois contre ce rempart, pour prendre conscience de tes actes. Comme si tout ton être était incapable de se discipliner et exhorter le meilleur qu’il y a en toi. Tu dois te fracasser contre les rochers et compter les nombreux morts qui en résultent pour prendre toute ta place et donner enfin un sens à ton nom : humanité.

 

 

 

Je ne sais si je suis responsable de tes actes, mais ce qui est sûr, c’est que depuis ta soif de profits tu m’appauvris et m’assombris. Pourtant, tes satellites devraient être capables de te faire prendre conscience de mon état, tes méfaits doivent pouvoir se lire sur ma surface comme un livre ouvert. Sans même de zoom surdimensionné. De scanner hyperpuissant. Ce que tu vois, si tu y regardes de plus près, et je suis désolé de te le dire, c’est ta réalisation. Et plus tu te dis ou sembles intelligent et moins tu réagis en conséquence, comme prisonnier d’un système qui te vouera à ta perte.

 

 

 

De mes enfants, il ne reste plus beaucoup de représentants et j’en suis affligée. Des êtres innocents et débordants de vie. Magnifiques et merveilleux et ayant pour certains, tant émerveillé les yeux de vos enfants. Mais même cela, tu ne sembles pas en prendre la mesure…même les arbres, ton poumon et ta survie, tu sembles vouloir les anéantir au profit d’un monde moderne épousant des valeurs fort discutables ne crois-tu pas ?

 

 

 

Il y a des perles bien sûr. Des courageux et des irréductibles dénonçant ta folie, mais ils sont bien peu face aux autres. Leur courage n’en est que plus méritant, mais leur lucidité et leur bienveillance à mon égard ne pourront me sauver, je le crains. Ils sont le plus souvent : ou réduits au silence ou ignorés.

 

 

 

Tu t’es créé ton propre environnement, et ce, malgré les alertes et les mises en garde que j’ai pu tenter et qui ont jalonné sur ton récent parcours, en vain. Tu as défié la vie même, sans en mesurer toutes les richesses, car il n’y a de riche aujourd’hui et je le crains, que ce qui s’achète avec de l’argent.

 

 

 

Au lieu de croire en des chimères, de t’inventer toutes sortes de divinités, regarde-moi dans les yeux et tu y trouveras les réponses que tu sembles tant et tant chercher encore aujourd’hui. Car tu n’es pas seule, chère humanité. Et c’est ici que tu devrais chercher le réconfort ; être en osmose avec d’autres êtres vivants. Pas des extra-terrestres sur d’autres planètes dans de lointaines galaxies. Ceux-là, s’ils existent vraiment, peut-être ne seras-tu pas en mesure de les contenter, comme mes autres enfants n’arrivent, semble-t-il, pas à te contenter. Tu devrais y penser.

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27/01/2018
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