T O U S D E S A N G E S

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SOIXANTE-SIX ANS LE PREMIER JOUR DU RESTE DE MA VIE

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Terminé la correction d'un manuscrit retravaillé et ayant été finaliste dans un concours cinématographique en 2009 (CONCOURS D’ÉCRITURE CINÉMATOGRAPHIQUE (CATEGORIE ROMAN) EN PARTENARIAT AVEC LE FESTIVAL « TROYES PREMIÈRE MARCHE » ET LE SOUTIEN DE LA LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT DE L'AUBE).

Un pur plaisir que de retrouver l’héroïne de cette histoire. Une femme qui n'a pas froid aux yeux et qui tente de se racheter de ses erreurs passées. Sa nouvelle vie au Nevada va la changer au point qu'elle ne se reconnaitra plus. Son histoire d'amour qu'elle avait attendue si longtemps la laissant perplexe sur les cadeaux que sait offrir la vie, elle va se laisser aimer et aimer tout en appréciant une liberté qu'elle n'avait jamais connue.

Un roman d'aventure faisant voyager et dévoiler un destin de femme exceptionnel.

SOIXANTE-SIX ANS

LE PREMIER JOUR DU RESTE DE MA VIE

roman

Didier  Leuenberger

Nevada, 9 février 2009

 

 

            Le monde m’a toujours paru trop vaste lorsque j’étais avec ton père. Peut-être voulais-je m’interdire la possibilité de le visiter un jour, et pourtant. Lorsque j’ai tout lâché en Europe et que j’ai suivi cet être délicieux empli d’amour, cela m’a paru si naturel, que je me suis sentie à l’aise partout où je suis allée avec Brady, et cela, que je dorme à cinq dans un taudis ou que je partage une chambre de Motel avec quelques marginaux. Le monde est vaste et merveilleux, certes, mais il est également peuplé de cabossés en tous genres. Des écorchés vifs, refusant nos sociétés et ne désirant qu’une seule chose : être et se sentir libres. Quitte à être pauvre et mener une vie de saltimbanque. Voir toutes ces vies déchues se battre pour survivre si cela peut paraître effrayant n’a fait qu’éveiller en moi le fait d’être déjà contente d’être vivante et en santé. Et puis, disons-le, Sacha, l’amour nous ferait faire n’importe quoi.

 

Je ne pensais pas ainsi avant de rencontrer Brady, parce que l’amour avait toujours été un mirage éloigné de mes songes et auquel je pensais ne jamais y avoir droit. Mais je me rends compte que lorsqu’on s’aime, lorsqu’on s’aime vraiment, rien n’est impossible. Tout est réalisable. Et cela, qu’on a vingt ou soixante-six ans. Du reste, c’est à cet âge que le premier jour du reste de ma vie a vraiment commencé. Comme amputé d’un membre ne me permettant pas d’accéder à mes rêves, je l’ai enfin gagné en la personne de Brady, et je compte bien en profiter jusqu’à mon dernier souffle.

 

Il m’en aura fallu du temps pour enfin m’assumer et me permettre de vivre. Avant, j’étais prise dans une espèce de bulle asphyxiante m’empêchant de respirer et d’émettre la plus petite hypothèse quant à m’émanciper un jour. J’étais muselée, censurée, et je me débrouillais plutôt bien pour encourager cette paralysie que je m’imposais malgré moi. Peut-être était-ce une façon de me punir pour n’avoir pas su prendre les mesures à temps pour te protéger. Peut-être bien. Mais vu sous cet angle et pour parler de manière plus générale, il est vrai qu’il n’y a pas besoin des autres pour nous mutiler, nous y arrivons parfaitement tout seul lorsque nous sommes voués à ça. Mon obstination à rester avec ton père en est la preuve flagrante et absurde. Et à force de croire qu’il y a une part de bonté en chacun de nous, on se met à y croire vraiment. Y compris pour le plus vil des êtres vivants qui soit.

 

Lorsque j’essaie de penser à quelques moments de bonheur avec lui, je n’ai guère d’exemples à portée de mémoire. Je tente vraiment d’aller pêcher quelques souvenirs glorieux capables de mettre un peu de baume au cœur, mais rien ne me vient à l’esprit, si ce n’est le bonheur que j’ai eu avec toi, Sacha. Tout le reste, malheureusement, ne me laisse qu’un goût amer en bouche. Une âpreté qui me fait encore cracher aujourd’hui, des morves dont seraient fiers bien des garçons s’amusant avec leurs crachats, à jouer aux gros bras.

 

C’est très angoissant de constater comme l’on peut s’étayer dans une zone de confort, qui, si pour la plupart des gens ne semble pas équilibrés, peut l’être pour nous. Et quelle zone ! Si c’est pour se faire rabaisser, plus bas que terre ; être dénigrée à la moindre occasion, il est évident que cela ne doit pas sembler très raisonnable, vu de l’extérieur. Mais lorsqu’on ne connaît plus que çà, cela peut soudain devenir notre normalité. Une normalité faisant froid dans le dos à la plupart des gens, mais étant bien réelle. Aussi malsain, puisse paraître ce genre d’environnement pour la plus dense masse, et aussi rassurante, semble-t-il, être à nos sens, lorsqu’on est épris d’un tel dictat. Car c’en est un et pas des moindres. Je ne te dis pas tout çà pour me faire pardonner ou amenuiser mon manquement à mes obligations de mère, Sacha, mais je tiens à le souligner pour que si un jour, quelqu’un tombe sur ces notes, il puisse se rendre compte à quel point rien n’est tout noir ou totalement blanc. Et que chaque situation se veut plus complexe qu’elle ne peut s’avérer au premier abord.



07/09/2018
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